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31 janvier 2015

"Les Héritiers" de Marie-Castille Mention-Schaar

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Les Héritiers de Marie-Castille Mention-Schaar

2014, 1h45.

Avec Ariane Ascaride, Ahmed Drame, Noémie Merlant, Geneviève Mnich, Stéphane Bac, Wendy Nieto, Aïmen Derriachi, Mohamed Seddiki...

Nous sommes dans le lycée d'un quartier populaire de banlieue, à Créteil et dans le quotidien d'une classe cosmopolite de seconde, option histoire des arts. La classe est agitée, les élèves sont à fleur de peau. Madame Guenguen, professeur d'histoire, a du mal à trouver l'accroche pour captiver la classe, tous sont persuadés qu'ils n'arriveront à rien de toutes façons. Un jour, elle décide de leur proposer de participer au concours national sur la résistance et la déportation. Les élèves sont d'abord frileux, ils ne se sentent pas capables de relever le défi... puis petit à petit ils rejoignent le groupe, maladroits, pour former enfin une véritable équipe et travailler ensemble. Le concours apparaît alors comme une découverte de l'histoire et une découverte des élèves eux-mêmes et entre eux, et malgré le sujet douloureux et morbide, le projet se révélera une véritable bouffée d'air pour les élèves.

Vous vous en souvenez peut-être, il y a quelques mois je lisais désespérément des témoignages de profs afin de retrouver la motivation de continuer. J'ai changé de collège, je suis maintenant dans un quartier populaire avec des élèves qui triment et leur famille qui triment, et je m'y sens bien mieux qu'avec mes élèves de l'année dernière (bien que ce ne soit pas simple tous les jours, je suis dans la banlieue, la vraie!)

Lors d'une réunion, et suite aux évènements des dernières semaines, les profs de mon collège ont décidé que nous devions nous mobiliser auprès des élèves, car nous avions entendu des horreurs absolues lors des attentats, suivi de remarques inacceptables lors d'un cours sur la Shoah. Nous avons alors décidé d'organiser une sortie au cinéma pour nos élèves de troisième, d'urgence, et sommes allés voir hier Les Héritiers.

Et là, même si cette année je vis très bien le fait d'être prof, nous avons reçu ce film comme une claque assortie d'un sentiment de communion avec les élèves (enfin, du moins, moi!) et c'est exactement ce que je recherchais il y a quelques mois... je n'avais pas compris que ça ne pouvait pas se faire dans mon coin, et dans un livre, mais avec les élèves.

Nous sommes donc allés voir ce film ensemble, la salle était pour nous. Les élèves se sont d'abord reconnus à l'écran, nous les avons également reconnus avec le sourire aux lèvres.... quand la sonnerie du lycée s'est mis à sonné, nous avons tous eu un moment de flottement, notre sonnerie est la même ! Gros rire dans la salle ! Ça commençait pourtant bien mal, nous n'avons pas pu entendre les trois premières minutes du film tellement il y avait de bavardages dans la salle, puis les élèves se sont mis à écouter, captivés. J'entendais des commentaires, Mohammed représenté en enfer? "sale pute la prof d'histoire!" et puis l'émotion quand Léon Zyguel est venu témoigner sur son séjour dans les camps. Les élèves rigolaient aux blagues à deux balles de leur semblables puis devenaient graves quand une prof se fait agresser, quand une élève rentre chez elle et trouve sa mère ivre devant la télé.... bref, c'est un film réaliste (dixit mes élèves) et intelligents (dixit les élèves), et y sont comme nous (dixit les élèves). Dans mes deux classes, chacun de mes élèves a trouvé ce film très bon, tous unanimes, ça n'arrive jamais.

C'est également un film qui parle aux profs et qui leur remet devant les yeux ce pour quoi ils sont là: Ils sont là pour leurs élèves, quelles que soient leur difficultés, leurs origines et leur problèmes, car des problèmes, il y en a... Nous sommes là car nous ne pouvons juste pas les laisser tomber. Nous sommes là car nous "avons plus confiance en eux qu'eux-mêmes", cette phrases je leur ai ressorti hier et je vais leur ressortir régulièrement. Ils en ont besoin, tellement besoin.

Ce film m'a fait chaud au coeur, j'ai beaucoup pleuré. Quand, à la sortie, certains élèves en chambraient d'autres parce qu'ils avaient pleuré, je leur ai dit "Il n'y a pas de honte à avoir, moi aussi j'ai pleuré!" "Haaaan, c'est vrai madame????" "Ben oui, et à chaudes larmes".

Et puis, ce film m'a rappelé mon année de seconde, avec cet excellent prof d'histoire que nous avions, qui a d'ailleurs un jour pleuré devant nous, et qui nous a, lui aussi, proposé de participer à ce concours à l'époque, dans un autre contexte, mon lycée était élitiste, et j'ai eu énormément de chance de pouvoir étudier là-bas. J'ai participé à ce concours moi aussi avec une amie, on n'a pas gagné, mais on a passé une année passionante, on a fait des sortie de passionnés d'histoire avec un prof passionnant (mais quel était donc son nom? J'aimerais tellement aller boire un café avec ce prof aujourd'hui). Mon père a pris part au projet, car lui aussi aime l'histoire, j'ai grandi avec des encyclopédies sur la Résistance dans ma chambre, que j'ai passé mon enfance et mon adolescence à feuilleter. Il nous a emmenées dans des musées et nous a fait rencontrer un ancien déporté. Beaucoup de larmes et beaucoup de cauchemars à l'époque.... Mon intérêt particulier pour cette période de l'histoire vient, en partie, de mon année de seconde.

Hier après-midi, j'ai décidé de ne pas faire cours à mes troisièmes et de débattre sur le film. On a enfin réussi à engager un dialogue sincère et sain, entre nous, je ne les ai pas censurés et leur ai rappelé que nous avions choisi d'être là avec eux et que nous étions là pour eux, quelles que soient leur difficultés. Cela nous a fait du bien, à tous.

Cette journée fut magique, cette journée m'a confortée dans mon choix de faire ce travail, cette journée m'a rappelée que je n'étais pas prof par hasard, et que ce n'était finalement pas une surprise si je me sentais si bien cette année avec mes élèves. Je dois tout, ou presque, à mes profs qui ne m'ont jamais laissée tomber alors que je partais de très loin. J'aimerais tellement en retrouver certains.

Et coup du sort, le déporté que témoignait dans ce film, Léon Zyguel, est décédé hier. Une grande pensée pour lui et pour ce qu'il a accompli.

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28 janvier 2015

"L'ombre des chats" de Arni THORARINSOON

L'ombre des chats de Arni Thorarinsson

Traduit de l'islandais par Eric Boury

Éditions Métailié Noir, 2014, 299 pages

Deux jeunes amis sont retrouvés morts dans un appartement, une perfusion dans le bras relié à un ordinateur. Est-ce une forme de suicide, un homicide ? Pourquoi cette jeune femme qui venait d'épouser sa compagne aurait mis fin à ses jours ? Est-ce une expérimentation qui aurait mal tournée ? Einar, journaliste, essaie d'enquêter, car c'est l'une de ses amies qu'il a perdu. Mais il est un peu perturbé par les textos chauds bouillants que lui envoie un politicien. Et puis, y'a cette histoire de mec qui s'est fait éclater la tête à l'entrée d'un bar. Bref, c'est pas mal glauque en ce moment pour Einar.

Bon bon bon, ça fait environ un mois que j'ai lu ce livre et heureusement que la quatrième page de couverture m'a ravivé un peu la mémoire.... J'en attendais beaucoup de ce roman, un bon roman islandais au coeur de l'hiver, une lecture idéale ! Mais je n'ai pas compris grand chose au roman, j'ai rapidement perdu le fil car cette histoire m'a ennuyée au plus haut point ! Trop de personnages, trop de sujets différents abordés et sans lien, une intrigue qui ne m'a pas du tout intéressée et du coup, je me moquais bien de connaître le dénouement... mais je suis allée au bout... ok en sautant des pages, juste pour voir et parce que je m'étais donné déjà tant de mal... et les "dénouements" qui m'ont également laissée de marbre.

La palme de l'ennui à ce roman, je ne me souviens pas m'être ennuyée à ce point depuis des années ! Et puis il m'en faut vraiment beaucoup pour passer des passages comme ça ! Bref, je recommande pas.

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25 janvier 2015

"L'oiseleur" de Max BENTOW

L'oiseleur de Max Bentow

Traduit de l'allemand par Céline Hostiou

Éditions Denoël, 2014, 323 pages

Nils Trojan est policier à Berlin. Il est dans une période un peu charnière de sa vie, il ne parvient pas à se remettre de son divorce et de sa séparation d'avec sa fille. Entre le stress de son travail et ses sentiments d'échec et de solitude, il est pris de régulières crises d'angoisse et il décide de suivre une thérapie. En parallèle, et cela n'arrangera rien, un tueur s'attaque à de jeunes femmes blondes qu'il mutile et viole pour enfin signer son crime en posant un oiseau écrasé et déplumé sur le corps de ses victimes.

On suit l'enquête et la folie meurtrière d'un homme dont on se sait pas bien s'il est humain ou une sorte de monstre, de mutant avec une lame sortant du visage. On reste très longtemps dans le trouble et on angoisse tout au long de ce livre, en fermant bien à clef sa porte en rentrant du travail. Nils Trojan, quant à lui, se trouve submergé par la violence des crimes, car justement, il est un peu faible en cette période. Il manque en effet un peu se peps, il est un peu fouilli et il se fourvoie un peu trop rapidement.

J'ai passé un bon moment de lecture, un bon suspens s'installe tout au long du livre, néanmoins, je n'ai pas été convaincue par la façon dont est menée l'enquête... les indices ne sont pas des évidences (oooh le jeu de mots !), je n'ai pas bien compris comment on arrive si vite au meurtrier, ça se jour d'ailleurs sur quelques 70 pages. Mais bon, c'est un polar très agréable à lire et que j'ai lu très rapidement, ce qui est un exploi vu l'état de total délabrement de ma concentration en ce moment!

Et hop! je signe ma sixième participation (à nous la sachetorte! - ou la seule chose que j'ai retenu de mes cours d'allemand au lycée... hum...) au Challenge Union Européenne en 28 livres : Allemagne.

Challenge Europe

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20 janvier 2015

"La Chica zombie" de Laura FERNANDEZ

La Chica Zombie de Laura Fernandez

Traduit de l'espagnol par Isabelle Gugnon

Éditions Denoël, 2014, 363 pages

Erin est au lycée dans la ville fictive d'Elron qui ressemble étrangement à l'idée que l'on se fait d'une ville américaine. Erin est pas super motivée, mais elle va en cours et elle est super dégoûtée quand sa prof d'anglais lui rend une très mauvaise note... et puis ses copines la poussent à faire un truc qu'elle n'a pas trop envie de le faire, mais si elle ne le fait pas, sa réputation de fille cool va en prendre un coup et en plus, elle va trahir ses copines, alors bon, même si c'est pas joli joli, elle va le faire. Sauf, que le jour J, elle se lève en lambeaux ! Elle pue, sa peau est en pleine putréfaction, elle a des plaies partout, le teint blême... elle n'a pas bonne mine du tout la pauvre, et pour cause ! Elle est morte. Mais vivante. Un zombie. Néanmoins, elle camoufle comme elle peut et continue d'aller en cours pour affronter ses copines et son destin dans les toilettes du lycée.

En parallèle de cette histoire de zombie, on suit Velma, la prof d'anglais vacataire qui est hantée par une robe blanche qui lui réclame le mariage à corps et à cris ! Elle doit trouver un mari pour que celà cesse, n'importe lequel !! Et pourquoi pas le proviseur du lycée malgré son embonpoint, c'est un bon parti quand même !

Mais voilà, il est pas net net dans sa tête non plus le proviseur boulimique, et surtout, il a bien du mal à comprendre les femmes, surtout un Velma qui ne se comprend pas bien elle-même et qui cherche le salut dans le pouvoir des trois voeux qu'un génie lui a promis dans un groupe de parole.

C'est pas joyeux ni très sain cette histoire me direz-vous, et je suis bien d'accord, les personnages de ce roman sont complément déséquilibrés.

Sous fond d'humour parfois bien noir, c'est en fait une critique, ou une vision de la société moderne que nous dépeint Laura Fernandez : une société ou les gens se sentent de plus en plus seuls et du coup stigmatisés (le célibat, au-delà d'un certain âge, c'est pas normal, quoi!) Et puis la pauvre Erin qui se sent tellement mal dans sa peau qu'elle s'imagine en train de s'éffriter mais sans vraiment parvenir à disparaître totalement. Il y a aussi une belle panoplie de parents démissionnaires dans ce roman (tiens ça me rappelle quelque chose...)

J'ai beaucoup aimé ce roman qui m'a beaucoup fait rire, et en même temps, je n'ai pas pu m'empêcher de voir ce lycée comme un reflet de ce que je vis au jour le jour dans le collège dans lequel je travaille. Une bien belle découverte et un très bon moment de lecture !

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10 janvier 2015

Je suis Charlie.

Je n'ai pas eu le réflexe ni le courage d'écrire sur le blog pendant les évènements, paralysée, scotchée comme beaucoup devant la télé en essayant d'assimiler les évènements. Aujourd'hui, je découvre qu'un blogueur Raef Badawi est fouetté en public en Arabie Saoudite pour avoir critiqué la religion.

Je ne lisais pas Charlie Hebdo, je ne lis pas la presse en général par manque de temps, mais je regardais avec plaisir leur dessins quand je tombais dessus (Chez Ruquier en particulier). Et puis, j'ai grandi avec Récré A2, Cabu c'est une partie de mon enfance, de ma culture, de mon monde. On a tué Cabu, on m'a tué un peu.

Je ne lis pas la presse mais la liberté de la presse est pour moi l'un des piliers de notre société et de notre pays. La France, c'est le symbole de la liberté, le pays des droits de l'homme, la liberté, dont celle d'expression. Sacrée.

Je ne lisais pas Charlie Hebdo mais on ne peut pas mourir pour de l'humour (même noir ou cynique), on  ne peut pas mourir parce qu'on dessine, parce qu'on s'exprime, parce qu'on démontre l'absurdité de la société actuelle.

On ne peut simplement pas mourir fusillé, exécuté. La vie humaine est trop précieuse.

Donc oui, moi aussi

Je suis choquée, je suis blessée, je suis triste, je suis humaine, je suis Charlie.

Demain, avec mes amis, ma famille, mes collègues, je serai dans la rue. En mémoire des victimes, en soutien avec leur famille, pour dire merci aux forces de l'ordre, pour la liberté. Mon pays, ce n'est pas ça, cela ne peut pas devenir la terreur, la peur, le sang, les meurtres. Battons-nous, il le faut !

J'ai la chance d'avoir un blog dans lequel je peux m'exprimer, nous avons la chance de pouvoir dire tout et n'importe quoi sur le net, nous avons cette chance, donc il faut écrire, lire, critiquer, nous moquer, nous indigner, lire toujours, lire librement et nous exprimer.

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02 janvier 2015

"Runaway" de Peter MAY

Runaway de Peter May

Éditions Quercus, 2015, 424 pages

Lors les vacances de Noël 2011/2012, je lisais un roman de Peter May pour la première fois. J'aimerais avoir un roman de l'auteur à lire pour chaque vacances de Noël mais malheureusement, ça ne correspond pas forcément aux dates de publication. Mais, cette année, j'ai été parmi les chanceux à recevoir le nouveau roman de Peter May en exclusivité, sous format d'épreuves non corrigées ! Un grand merci à Quercus Books! Je n'ai pas boudé mon plaisir en en faisant la lecture prioritaire des vacances !

En 1965, cinq jeunes lycéens créent un groupe à Glasgow. Ils sont insouciants, ils croient à la vie, ils débordent d'ambition. Alors, quand Jack se fait viré du lycée pour une petite bêtise, au lieu d'affronter ses parents, il décide de tout plaquer pour descendre à Londres ! Ses amis le suivront aveuglément : Londres, c'est l'avenir des musiciens ! A l'époque des Beatles, tout semble possible pour les jeunes écossais. Le trajet jusque la capitale va être semée d'embuches et il se retrouveront avec la jeune Rachel sur les bras, cousine de l'un d'entre eux et secourue à Leeds.

Le roman oscille entre 1965 et 2015. En 2015, les "pépés", ceux qui restent, se retrouvent. Maurie est en phase terminale de cancer mais il compte bien retourner à Londres avant de mourir, avec la même équipe que dans sa jeunesse, avant le drame qui a mis fin à leur folle aventure ! Car oui, on est dans un roman de Peter May, alors il y a un mystère dont la blessure est rouverte par l'assassinat d'un personnage au début du livre. Donc nous avons ces messieurs qui reviennent sur leur séjour à Londres et qui nous plongent dans le Londres de 1965.

Bien sûr il y a le mystère qui nous fait traverser le livre mais c'est un prétexte pour nous raconter l'histoires de ces jeunes / vieux hommes. C'est un roman sur l'insouciance de la jeunesse et sur l'aigreur de la vieillesse. Les amis jettent un oeil sur leurs erreurs de jeunesse et font le bilan de leur vie, d'autant plus que l'un d'entre eux est au seuil de la mort. Juste une petite critique, ils avaient l'air d'avoir plus de 67 ans (c'est l'âge de mon père, du coup j'ai une référence, je les voyais plus comme des hommes des 75 ans). J'ai perçu dans ce livre une vision assez pessimiste de la vie en générale. Les vieux bonshommes ne sont pas heureux et le bilan de leur vie n'est pas glorieux. Ils portent un regard amère sur leur parcours, ils aimeraient tellement tout effacer et tout recommencer ! Ce sentiment est accentué avec la cohabitation forcé entre Ricky et son grand-père Jack qu'il connaît d'ailleurs très mal. Jack voit son petit-fils passer totalement à côté de sa jeunesse et il veut le secouer pour qu'il ne gâche pas ce temps si précieux.

Le récit des aventures des pépés jusqu'à Londres est vraiment amusant : un alcoolique, un cancéreux en piètre état, un jeune qui se demande ce qu'il fout là-dedans, une voiture pourrie, le vol de la voiture pourrie en cours de route.... ils rencontrent autant d'embuches qu'eux-mêmes plus jeunes, mais c'est d'un coup bien plus amusant, car on frémit moins de peur pour ces pépés qui ne vont de toutes façons pas s'attirer trop de problèmes (mais clairement, pour moi ils sont plus vieux!).

C'est donc une réflexion sur la famille, le moins que l'on puisse dire, c'est que ça fait peur de vieillir dans ces conditions : des enfants qui battent leur vieux, qui les mettent en maison de retraite, c'est bien plus simple.. des vieux ancrée dans la solitude et qu'on oublie, comme de vieux objets désuets et hors service. La relation de Ricky et de son grand-père qui se construit tout au long du roman redonne un peu d'optimisme à tout ça, il y a un message en filigrane : il y a une grande richesse à entretenir les relationsentre les différentes relations de chaque famille. C'est aussi une réflexion sur la jeunesse d'aujourd'hui et celle d'avant. On a l'impression qu'avant on avait plus de rêves et d'ambition, alors que maintenant, les jeunes restent isolés devant des écrans... chacun sa solitude à notre période, hein!

C'est un roman bien différent de la trilogie écossaise ou Entry Island (mes références pour cet auteur) mais j'ai tout autant aimé mon expérience dans l'Angleterre et l'Ecosse de 1965 et 2015. Je me suis beaucoup attachée aux personnages, plus aux pépés en réalité, mais même jeunes ils sont attachants. On a juste envie de les secouer ces jeunes, car on les voit foncer dans les conneries et on sent que ça va mal finir tout ça. Le sens de la narration est à la hauteur de ce dont Peter May est capable et je me suis trouvée emportée dans le roman dès les premières phrases. Un vrai bonheur et une fois encore un coup de coeur!

Le livre sort en anglais le 14 janvier prochain.

L'avis de The booklover's boudoir.

Et un petit rappel, Entry Island / L'île du serment est toujours disponible en livre voyageur, n'hésitez pas à vous inscrire !

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01 janvier 2015

Au revoir 2014, 2015 here we go !

 

2014 a été une année bien compliquée et bien occupée d'un point de vue personnel... une reconversion professionnelle c'est quand même un sacré challenge qui occupe encore une majorité de mon temps! Côté lectures, j'ai pourtant lu plus que n'importe quelle année, mes chouchous habituels et puis plein d'autres choses qui m'ont permis de grosses déceptions mais aussi de belles découvertes (merci aux éditeurs!).

J'avoue entamer cette année avec une certaine appréhension, si l'année est bonne j'en serai ravie, mais j'ai comme une mauvaise intuition. Elle sera peut-être encore signe de changement car se dévouer à la cause c'est bien, mais en vivre normalement, c'est mieux!

En tous cas, cette année, j'ai envie de renouer avec des choses que j'ai mises de côté (parfois un petit peu, parfois beaucoup trop) par manque de temps ou de courage (je ne me suis jamais remise de mes problèmes de santé d'il y a quelques années, et il est grand temps que je me botte un peu le derrière, histoire de me retrouver un peu!) : les voyages, mes amis, ma famille, les langues étrangères, le sport (bon soft le sport, mais ceux que j'apprécie, comme la randonnée en montagne, ça me maaaanque!), la nature (mais que fais-je dans tout ce béton 98% de mon temps???), les animaux, le ciné, les musées.... pour cela il me faut DU TEMPS et j'en manque, cruellement. Du coup, j'ai décidé de m'obliger à lire moins (car c'est la bonne solution quand on se dit : naaan mais je vais avoir mal si je vais marcher, pis je suis trop fatiguée, autant rester à la maison dans un bon livre!).

Par conséquent, je risque de m'éparpiller bien moins dans mes lectures et de lire mes chouchous, des classiques que je remets toujours à plus tard, la totale des auteurs que j'aime etc.... Aussi, je serai peut-être moins présente sur le blog (déjà en vitesse de croisière je trouve), mais encore une fois, j'ai besoin de me retrouver moi et faire les choses selon mes envies et non pas par des obligations que je m'impose question livres (et je ne parle pas des challenges que j'organise moi-même, car ce sont des lectures qui me font du bien tout le temps ! - ou presque, des fois je suis comme tout le monde, je galère. Voire je suis trèèèès en retard, mais je vais me rattraper!)

Bref, bonne année à tous ! Je vous souhaite de bonnes lectures qui vous rendront heureux ! Merci encore aux éditeurs et aux attachés de presse qui nous permettent des moments formidables (parfois dans la vraie vie aussi!) et aux libraires aussi pour les belles rencontres ! Merci également  aux auteurs, à quelques uns en particulier pour leur générosité, leur gentillesse et leur simplicité! Et enfin, merci aux blogueurs ou non blogueurs qui partagent leur passion des livres avec moi au cours des années !

Bonne année 2015 à vous tous qui passez par ici !

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31 décembre 2014

"Goat Mountain" de David VANN

Goat Mountain de David Vann

Editions Gallmeister, 2014, 247 pages

Un jeune garçon de onze ans part à la chasse avec son père, son grand-père et Tom, un ami de la famille. C'est un rituel, ils installent leur camp puis partent à la recherche des cerfs dans les montagnes de leur domaine dans le nord de la Californie. Le jeune garçon dont on ignore le nom, est très impatient, il est armé lui aussi, et c'est peut-être cette fois qu'il tuera enfin son premier cerf ! Alors qu'ils arrivent à la grille du domaine, ils aperçoivent un intrus au loin, un braconnier sans aucun doute ! Ni une, ni deux, l'enfant vise, tire et le tue. S'en suit un huis-clos entre les trois hommes et l'enfant dans un paysage grandiose. Que faire du corps ? Qui est responsable ? Cela devient très vite une histoire de famille, l'histoire des hommes de la famille... comment Tom va-t-il trouver sa voix dans ce noeud de serpents ?

Nous sommes sans aucun doute dans l'univers sombre et particulier de David Vann : Les grands espaces, des liens familiaux compliqués, fragiles et dangereux, la nature humaine, la violence, la folie, la religion. Tous ces éléments ont leur place dans ce récit qui ne peut pas laisser indifférent, loin de là ! J'ai beaucoup repensé à Sukkwan Island en lisant Goat Mountain, il y a des thèmes récurrents, comme celui de la mort que l'on n'accepte pas (on enterre pas les morts, comme ça ils sont pas vraiment morts hein.... on les intègre physiquement à notre quotidien, c'est bien plus simple comme ça!). C'est également ici une histoire compliquée entre pères et fils (le jeune garçon et son père, le père et son père). Le roman montre clairement que l'on ne peut pas échapper aux liens du sang, et chacun est responsable des actions de l'autre. Le petit est responsable de l'attitude de son grand-père, le grand-père, celui de son fils etc... comme un cercle bien vicieux. De même, personne n'est responsable, le mal et la violence sont dans le sang des hommes depuis la nuit des temps, c'est ce qui nous a construit. La violence envers les hommes et envers les animaux. La chasse, c'est le propre de l'homme. Et pourtant... un homme et un cerf vont perdre la vie dans ce récit, bizarrement, c'est la mort cruelle de l'animal qui va changer à jamais le jeune garçon.

J'ai aimé ce roman mais ce n'est pas le coup de coeur que ça a pu être pour Sukkwan Island ou pour Dirt. On sent que l'auteur cherche à prendre des distances avec ce qu'il veut, ou doit, nous raconter. Il en fait un récit dur et glauque, déprimant... ces aspects on se les prend en pleine face... plus encore que d'habitude, car ici, David Vann ne cherche pas à raconter l'horrible avec du beau (son style habituel). C'est de l'horrible avec du cru, du brut. Tom est le seul personnage qui montre un minimum d'humanité, de sensibilité et de normalité, c'est d'ailleurs le seul personnage qui n'appartient pas à cette famille de fou et que l'on nomme par un prénom.

Un roman très fort mais que l'on ne lit pas avec plaisir, il vous fait dresser les cheveux sur la tête (non mais pauvre cerf, vais-je m'en remettre ?)

In extremis, j'ai lu ce livre dans le cadre du super Match de la Rentrée Littéraire 2014 organisé par Priceminister. Un grand merci pour cette organisation sans faille une fois encore !

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20 décembre 2014

"On the Brinks" de Sam MILLAR

On the Brinks de Sam Millar

Édition Brandon, 2012, 454 pages

J'ai déjà lu quelques romans de Sam Millar et j'étais très intriguée par son récit autobiographique. L'histoire de l'Irlande m'intéresse beaucoup, comme vous le savez, et le récit qui parle d'un nord irlandais contestataire, ça ne pouvait qu'attérir sur mes étagères!

Dans ce livre, Sam Millar nous raconte son enfance, puis son séjour en prison pour avoir été en possession d'armes (enfin c'est pas très clair tout ça, y avait-il un délit au départ?) pendant huit ans à la même période que Bobby Sand et suivant le même mouvement. Puis Sam sort de prison et décide d'aller à New York pour un nouveau départ. Grâce à la diaspora irlandaise sur place, il travaille dans des casinos (alors illégaux!) jusqu'au jour où débute son rêve d'argent facile. C'est qu'il a besoin de fonds pour ouvrir sa boutiques de Marvels ! Et justement... les hangars de la brinks sont à portée de main, et c'est parti pour le casse du siècle !! (damn!)

La première partie du livre est un poignant témoignage historique. Sam Millar était présent à Derry le jour du Bloody Sunday puis, lors de son séjour en prison, il était blankett man (c'est à dire de ceux qui refusait de porter l'uniforme de prisonnier de droit commun car ils se considéraient prisonniers politiques.) J'ai mis beaucoup de temps à lire cette première partie parce que, d'accord, j'étais débordée et que j'avais bien du mal à trouver du temps pour lire, mais également parce que ce récit m'a glacée. J'ai eu du mal à prendre la distance nécessaire pour "survivre" à ce récit (ils avaient froid la nuit et j'étais totalement frigorifiée chez moi). Les prisonniers sont traités comme des animaux (et déjà que pour des animaux c'est révoltant!). On essaie de les pousser à bout, on les prive du minimum vitale, on veut les réduire à néant autant physiquement que psychologiquement (ils n'ont pas accès à l'information, n'ont pas le droit de lire le moindre livre.) Leur quotidien c'est le néant, l'ennui, la peur aussi des matons qui aiment les battre et les torturer psychologiquement, le froid, le manque d'hygienne etc... Malgré tout, les prisonniers survivent, ils n'ont pas le choix. Ils se soutiennent entre eux même s'ils ne se voient jamais. Ils imaginent alors le visage de leur potes. Le plus étonnant, c'est cette force, ce sens de l'humour acéré qu'a Sam Millar tout au long de son renfermement. J'imagine qu'il y en a eu, mais l'auteur ne parle pas ou très peu de ses moments de désespoir. Ce récit a été pour moi une façon de me confronter à l'histoire, de la "vivre" car je suis Sam Millar sur Facebook, et du coup, ce n'est pas comme si je lisais un autre témoignage d'une personne que je ne "connais pas", comme un autre récit historique avec toute la distance que ça implique.

Parlons maintenant de la deuxième partie du livre.... ou du film, les aventures de Sam Millar à New York. Je n'avais pas lu la quatrième page de couverture du livre, car pour moi, ce livre était seulement un témoignage sur l'Irlande du Nord, la prison etc.... mais voilà que l'auteur s'en va refaire sa vie à New York, part vivre le rêve américain, celui des films ! Avec les brigands, les gangsters, les nuits au casinos dans un brouillard de fumée de cigare. Bon ok, jusque là, ça va, je me dis que c'est cool pour lui cette nouvelle vie, qu'il a eu la chance d'avoir l'autorisation de rester après un séjour touristique et tout. Et puis, il commence à déconner.... on se dit qu'il blague quand il parle de faire un casse, non la prison il connaît, quand même, il peut pas risquer d'y retourner, c'est du bluff ! Hé ben non ! Allons-y Alonzo ! Hop, on y va, on fonce(et là je comprends le titre du livre!) , on pique l'argent et on sait plus où le planquer ensuite ! J'ai halluciné, je n'ai pas bien compris comment les flics ont mis tant de temps à retrouver les coupables, car sérieusement, c'était juste trop facile pour être vrai ! Sam accumule toutes les erreurs. Et là on se dit : ok, ben bien fait pour lui, il va se faire choper.... mais en même temps, c'est ton ami facebook et t'as vraiment vraiment pas envie qu'il se fasse choper !!!! Cette deuxième partie est une aventure de dingue ! Je suis certaine qu'un jour, ils vont en faire un film !

J'ai lu ce livre avec beaucoup d'intérêt, les deux parties m'ont captivée mais pour des raisons différentes. A la fin du roman, on apprend beaucoup de détails sur la vie de Sam Millar à New York, comment il a réussi à rester etc... Ce qui m'a marqué dans ce roman, c'est la façon dont l'auteur raconte son histoire en gardant une grande pudeur sur son entourage, on ne sait presque rien sur sa vie de famille tout au long de ses aventures, comme si (et ça m'a tout l'air d'être effectivement le cas) ses histoires ou ses bêtises ne concernaient que lui.

Ah oui, j'ai également beaucoup aimé la forme du livre, les polices utilisés etc.... j'ai trouvé cela très chaleureux, comme si une atmosphère d'intimité entre le lecteur et l'auteur était installée, comme si on lisait le cahier qu'il écrivait jour après jour.

on the brinks

Voilà, c'était bien et je recommande cette lectures qui vous fera passer par un ribambelle d'émotions : peur, dégoût, rire, soulagement... pour des personnes empathiques comme moi, c'est une sacrée aventure !

Voilà, très en retard (et je m'en excuse!) ma participation pour la LC du mois de novembre autour de Sam Millar dans le cadre du Challenge Un an en Irlande. L'auteur suivant est Liam O'Flaherty (et je suis en retard!!!)

Valériane a lu Rouge est le sang, Chat de bibliothèque a lu Les chiens de Belfast.

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11 décembre 2014

"Idiopathie" de Sam BYERS

Idiopathie de Sam Byers

Éditions Points, 2013, 378 pages

Katherine aborde la trentaine célibataire et aigrie, elle se change les idées avec ses sexfriends. Elle vient de se séparer de Daniel et, décidément, elle ne veut pas se faire à l'idée. On est limite pris de pitié pour elle (au début.) Daniel, quant à lui, est en couple avec une autre jeune femme, Angelica, toute en guimauve et bons sentiments, ce qui contraste violemment avec Katherine. Daniel et Katherine ont un ami en commun, Nathan. Il sort d'une institution, il a des cicatrices partout, on comprend vite qu'il a fait une grosse bêtise, mais on ne sait pas bien dans quelles circonstances. Ce que l'on comprend par contre, c'est que Katherine et Daniel étaient au centre de son histoire. Nathan veut les voir, tous les deux. C'est que Katherine et Daniel ne sont plus en contact depuis un an et demi.

Forcément, l'appel va perturber l'ancien couple.... enfin si on peut considérer qu'aucune personne de ce livre peut être plus perturbée qu'il ne l'est déjà. Les personnages ne sont pas sympathiques, loin de là! J'ai peine à me souvenir d'un autre roman dans lesquels les personnages m'ont à ce point TOUS tapé sur le système : Katherine est chiante, tout simplement chiante, elle déteste le monde entier, elle en veut à tout le monde, et même ceux qu'elle semble aimer (on imagine qu'elle aime Daniel), elle les méprise et son seul but c'est de provoquer des disputes, de leur faire mal, très mal, pour paraître supérieur. Daniel, quant à lui, est un gentil tout mou qui tape également sur les nerfs du lecteur. Il est en couple avec son bonbon du nom de Angelica, qui est omnibulée par l'état de ses intestins (je veux dire, ça va loin, ils ont des conversations autour de leur popot respectif) - et ce qui m'a agacé le plus peut-être, c'est qu'elle fait passer pour ridicules les gens qui font simplement attention à ne pas manger des trucs dégueulasses et industriels (genre moi, et je ne me suis pas du tout du tout retrouvée dans sa mièvrerie, croyez-moi!). Les longs dialogues - oh mon dieu - mais sérieux, comment est-il possible de publier ça ? Les dialogues du roman en général, en fait. C'est d'un creux ! Inutiles, niais, ennuyeux. Ah oui, il n'y a pas que les dialogues qui sont à revoir, mais toutes les digressions pseudo-philosophiques de chaque personnage. Non mais au lieu de réfléchir comme ça, vivez, nom d'un chien ! Et puis surtout, arrêtez de vous engueuler ! (moi qui déteste les engueulades, j'ai été servie!)

Et puis il y a Nathan, qui semble presque normal au milieu de tout ça, alors que franchement, il est flippant ! Tout comme ses parents. Non, en fait, c'est ce livre qui est flippant. Et pourtant, le flippant, ça peut tout à fait me plaire, mais là c'est flippant du genre je m'inquiète sincèrement pour l'auteur.

Pourtant, c'est bien moi qui ai choisi ce livre, je croyais même m'amuser avec ce roman anglais, noir, qui avait l'air tellement marrant et décalé d'après la couverture : "Un roman d'amour. De narcissisme et de vaches en souffrance." D'amour... bon on a pas la même définition de l'amour, hein. De narcissisme, ah là! Je suis 100% d'accord ! Et de vaches en souffrance... moi qui croyais trouver ici une bonne dose d'humour (non pas que j'aime voir souffrir des vaches, on s'entend.)... Moi j'ai juste envie d'ajouter la mention suivante sur la couverture : "De vaches et de lecteurs en souffrance." Parce que oui, j'ai cruellement souffert avec ce livre, mais que suis donc allée faire dans cette galère ?!

Une grosse déception, comme rarement... des fois j'ai du mal, mais c'est que je me lance dans des aventures littéraires tordues... m'enfin, là, c'est moi qui l'ai cherché....

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