Witch_Light

 

 

 

 

 

 

 

 

Witch Light de Susan Fletcher (Un bûcher sous la neige)

Éditions Fourth Estate, 2010, 356 pages

La jeune Corrag est enchaînée dans sa cellule, dès que la neige cessera de tomber, elle sera brûlée sur la place publique d'Inveraray pour sorcellerie. Nous sommes en 1692, quelques jours après le massacre de Glencoe, la vallée dans laquelle vivait Corrag dans sa petite cabane de tourbe et de fougères. Un pasteur irlandais, Mr Leslie, profite de la captivité de Corrag et lui rend visite tous les jours pour écouter son histoire, dans l'espoir qu'elle lui raconte en détail comment le massacre du Clan McDonald à Glencoe s'est déroulé. L'H/histoire va petit à petit nous être dévoilée à travers des mots simples sortis droit du coeur de Corrag : Sa vie de "sorcière" parmi la nature, son arrivée à Glencoe et comment elle a été peu à peu acceptée et respectée par les McDonald, enfin le terrible massacre.

Quel beau livre ! Witch Light c'est d'abord l'histoire d'une jeune fille que l'on dit sorcière, comme on le disait de sa mère et de sa grand-mère, toutes deux exécutées par la société. L'histoire d'une lignée de femmes qui préfère la nature à la compagnie de ses semblables. Une vie en respect avec la nature, à l'écoute des saisons et des animaux. Cet isolement choisi et leur "pouvoir" de guérisseuse les perdent, cataloguées comme sorcières pour connaître les qualités de plantes, des herbes et des fleurs qui les entourent. Alors que sa mère va être pendue, Corrag s'enfuie à sa demande, vers le Nord-Ouest, toujours le Nord-Ouest jusqu'à ce qu'elle s'installe dans les collines de Glencoe.

Ce livre est un manifeste pour la nature. Chaque chapitre de ce roman est introduit par la description des qualités de végétaux, à l'image d'un herbier. Corrag ne vit pas seulement au milieu de la nature, elle vit la nature. C'est la jeune fille qui arrive dans la vallée avec des papillons sur les cheveux, celle qui entend les bruits de la nature : le vent, le courant d'une rivière, le craquement d'un lac glacé. Elle observe et respecte les animaux également qui l'acceptent peu à peu comme l'une des leur, l'une de leur vallée. Elle a un regard primaire et naïf sur la vie, elle ne comprend pas les règles de la société, même si au fond d'elle même elle a besoin de présences autour d'elle. "She has an eye which sees the smaller parts of life - how a tree moves, or a scent" (p.64) (De son oeil, elle est capable de capter les plus petits détails de la vie - un arbre qui bouge, ou une odeur)

C'est dans cet espace de respect profond pour tout ce qui vit que va se nouer une relation de plus en plus profonde avec le clan McDonald dont elle a sauvé la vie du chef de clan d'une grave blessure. Ils respecteront son espace comme elle respectera le leur, mais avec un échange mutuel et naturel quand le besoin s'en fait sentir. Ils aiment tous profondément Glencoe créant ainsi une symbiose entre tous les hommes et les femmes qui vivent sur ces terres, Corrag incluse.

"It means I felt, briefly, as if I was in this Thorneyburnbank where she lived. But I'll call this Bewitchement" (p.64) C'est excatement ce qui nous arrive à nous aussi, Susan Fletcher, à travers Corrag, a une telle force dans les mots qu'on a l'impression d'être avec Corrag dans la nature, dans ses errances dans les forêts tout d'abord, puis dans les Highlands, dans la majestueuse vallée de Glencoe. Bien sûr ce livre a eu un impact spécial sur moi qui connais Glencoe, je ne pouvais que comprendre son respect et son exaltation face à ce petit paradis sur terre.

Et qu'on rassure la jeune Corrag qu is'inquiètait que l'on ne se rappelle de Glencoe que pour son massacre dans le future : Glencoe reste aujourd'hui l'un des endroits les plus admirée en Ecosse pour la beauté de ses paysages.

Lorsque je suis allée à Glencoe, c'était pour faire de la randonnée. On m'a parlé vaguement de ces massacres mais bizarrement je n'ai pas creusé plus loin, mon b&b était juste en face de l'île où ont été enterrés les membres du Clan McDonald. Je veux retourner à Glencoe.

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Et puis le massacre arrive, moyen de rappeler la bêtise de la monarchie et le pouvoir (idiot) de la religion. Corrag nous fera partager sa plongée dans le massacre dans toute son absurdité.

J'ai eu un énorme coup de coeur pour ce livre.