d_blinBerlin Alexanderplatz de Alfred Döblin

Editions Folio, 623 pages

Première édition allemande : 1961

Franz Biberkopf a tout d'un antihéros, il sort de prison après avoir purgé sa peine pour le meurtre de sa petite amie et a bien du mal à s'adapter à la liberté. Il se promet d'être dorénavant honnête, à toute épreuve! Mais dans ce roman épique, qui tourne autour de l'Alexanderplatz à Berlin, il va apprendre que le plus important c'est d'être avant tout honnête avec lui-même. Nous suivons Franz au cours de sa redécouverte de la vie, alors qu'il essaie de s'en sortir honnêtement. Le roman nous plonge dans la vie des bas fonds de Berlin dans les années 30, au cours des pérégrinations de Franz, nous allons rencontrer des personnages emblématiques de cette classe sociale à l'époque, avec ses problèmes, ses règles, ses moments de révoltes ou de tendresse... bref tout ce qui fait la vie des gens. Franz va évoluer et découvrir l'amour, l'humilité, la rancoeur, la reconnaissance dans le travail... Ce roman raconte l'histoire d'un individu, comme pris au hasard dans cette population berlinoise, un monsieur (presque) tout le monde, qui essaie de s'en tirer avec ce qu'il peut... avec en filigrane, la montée d'une haine, on ne sait pas encore bien envers qui, mais une haine qui se propage, un ras-le-bol de la société, une décadence...

Disons-le clairement, ce roman est un gros coup de coeur! Je pense que ma lecture de ce livre et son appréciation sont clairement influencées par ma découverte et fascination récentes de Berlin. J'ai lu ce roman dans des conditions exceptionnelles, je l'ai commencé dans l'avion en direction de Berlin, puis l'ai lu dans le métro Berlinois, sur l'Alexanderplatz... Ce qui fait que jusqu'aujourd'hui, ma tête était toujours à Berlin (je crois avoir rêvé de Berlin toutes les nuits depuis mon retour).

berlin_pl1Mon expérience personnelle mise à part, ce livre est un excellent roman. Je découvre cet auteur et son style, et j'ai été bluffée. Le roman n'est pas vraiment une histoire à rebondissements, ni palpitante à chaque page, finalement ce qu'on y lit peut paraître bien banale, c'est la misère d'un peuple à une période donnée. On suit les personnages dans la rue alors qu'ils vendent des journaux, dans les cabarets autour d'une bière, dans leur vie quotidienne, leurs histoires d'amour, leurs amitiés.... Mais on se retrouve à se passionner pour cette atmosphère, et bien que le roman fasse 620 pages, on s'avale une centaine de pages d'un coup sans s'en rendre compte!

J'aime beaucoup en général les romans sociologiques et humanistes, en particulier quand ils ne cherchent pas l'apitoiement des lecteurs. De ce point de vue, le roman est parfaitement réussi. C'est triste, c'est pourri, mais le but de l'auteur n'est pas de nous faire verser notre petite larme. On a juste envie de soutenir Franz. Même si c'est un meurtrier, finalement il est attachant, et on y croit, on veut nous aussi lui donner une deuxième chance... du coup on prend chaque échec pour nous, on veut le secouer quand il se laisse aller, quand il choisit la facilité en marge de honnêteté. Cette impression est soulignée par le narrateur omniprésent et omniscient qui nous prend en aparté pour nous prévenir un peu de la suite des évènements, et qui nous dit à quel point parfois il est désolé... la narrateur cache une grande tendresse pour Franz... qui se transmet très facilement au lecteur.

Et puis, étrangement, ce livre est tout plein d'humour. Ce sont surtout les réflexions du narrateur qui font sourire, ou encore parfois lorsque Franz se lance dans des démonstrations savantes et détaillées qui sont totalement en décalage avec son milieu et son éducation.

J'enchaîne maintenant avec Le rire de l'ogre de Pierre Péju...

Cryssilda