la_chorale_des_ma_tres_bouchersLa Chorale des maîtres bouchers de Louise Erdrich (The Master Butchers Singing Club)

Edition Le Livre de Poche, 569 pages

Publication : 2005 (2003 en Vo)

Le roman commence en 1918 en Allemagne. Fidelis sort tout droit des tranchées pour retourner dans son village. Il a fait une promesse à l'un de ses camarades de guerre : Aller annoncer sa mort à sa fiancée puis l'épouser. Après cette pagaille de période de guerre, Fidelis est particulièrement sensible à ce qui est net et organisé. Un jour, sur la place du village, un homme est en train d'exhiber un tranche de pain de mie en provenance directe des Etats Unis. Il se dit qu'il doit aller vivre dans un pays qui est capable de faire une telle tranche de pain. Fidelis fait partie d'une famille de bouchers de pères en fils, il remplit une valise de saucisses et de couteaux de boucher et part prendre le bateau pour les Etats Unis. Là-bas, il ira le plus loin possible avec l'argent que ses saucisses lui rapportent, c'est à dire dans un petit bled du Dakota du Nord, où il va établir sa boucherie et sa famille. Mais Argus n'est pas si paisible qu'il n'y parait, une vieil ivrogne cache des secrets, une employée des pompes funèbres pète facilement un câble, les shérif est douteux... On sa suivre la vie dans ce village pendant une trentaine d'années, alors que les Etats Unis entre en guerre avec l'Allemagne et que Fidelis a des enfants qui se battent des deux côtés... Ce roman est aussi l'histoire d'une femme exceptionnelle, Delphine, qui tant bien que mal essaie de garder son monde en équilibre.

Attention coup de coeur !

Ceci est du grand roman américain, écrit dans la tradition des meilleurs romans américains (je pense par exemple à Toni Morrison et William Faulkner). C'est à dire un roman où l'on sent l'Amérique, les paysages, le poids de l'histoire (pas seulement l'arrivée des colons, mais l'histoire amérindienne). Un roman qui prend le temps de créer l'univers de son histoire, avec des personnages complexes, un village dont on ressent l'ambiance parfois lourde...

Mais ce roman est bien plus que ça. Louise Erdrich ici s'attaque à des thèmes ambigus : Un soldat allemand qui s'installe dans le pays qu'il a combattu, il va forcément être amené à côtoyer des gens qui ont combat us aux côtés des Américains. Des frères qui vont se battre les uns contre les autres pendant la deuxième guerre mondiale...

Ensuite, à travers le destin des habitants d'Argus, Louise Erdrich va évoquer des thèmes qui vont mettre KO tous les préjugés sur la vie utopique aux U.S.A. qu'on pouvait encore avoir il y a quelques années : La vie est dure aussi là-bas quand on a pas grand chose, et quand le village où l'on vit n'offre que peu de possibilités. On ressent vraiment cette idée de la colonie (même si à l'époque s'en était plus une), chacun essaie de s'en sortir, travaille dur dans la communauté pour survivre, dans ce village éloigné de tout, on a vraiment ce sentiment qu'ils sont un peu livrés à eux-mêmes, que tous les jours il faut se battre.

Le personnage de Delphine est une figure majeure du roman. C'est le personnage central qui est lié à tous les autres dans le roman. D'une force exceptionnelle, elle porte un peu le monde sur ses épaules : Son père ivrogne et peut-être meurtrier, sa meilleure amie déroutante, son employeur Fidelis et ses quatre garçons dont elle doit s'occuper le jour, son compagnon qu'elle adore mais qui n'est pourtant qu'un amoureux platonique...

Et puis, le style du roman est vraiment bon. C'est un petit pavé, mais il n'y a pas un paragraphe que je n'ai lu que d'un oeil. L'écriture coule toute seule il y a parfois de l'humour, souvent c'est sombre et tragique, mais c'était un réel plaisir de retrouver ce style à chaque fois que j'ai ouvert ce roman.

J'avais rencontré Louise Erdrich il y a quelques années au Festival America (j'avais même d'ailleurs acheter un autre de ses livres à l'époque qui est toujours dans ma PAL, mais passons!) et elle est la propriétaire de la seule librairie amérindienne aux Etats Unis. Elle a des origines amérindienne, ce qui ne nous étonne pas le moins du monde lorsque l'on voit le sensibilité de ses romans.

Merci à et aux éditions du Livre de Poche pour cette merveilleuse lecture !

Cryssilda

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