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Pour cette quatrième journée nordique, nous allons retourner faire un petit tour en Finlande (vous ne le savez peut-être pas, mais je rêve de Finlande depuis des années et des années... je suis même incollable pour dire supermarché en finnois... ça vous prouve bien ma motivation sur le sujet!)

La_part_de_l_hommeLa part de l'homme de Kari HOTAKAINEN (Ihmisen osa)

Editions JC Lattès, 285 pages, 2011

Salme est une mercière à la retraite. Elle vit au fin fond de la Finlande avec son vieux mari. Elle considère sa vie comme aboutie. Ses enfants sont maintenant adultes et une carrière prometteuse semble d'offrir à eux à Helsinki. Une beau jour, Salme est traînée par sa fille dans une foire aux livres. A la porte des toilettes, elle rencontre un écrivain en mal d'inspiration. Ils vont papoter et l'écrivain se retrouve troublé par la force de la conversation de Salme, il va lui proposer cinq mille euros en échange de sa vie qu'il désire mettre sur papier. Il faut préciser que Salme est très terre à terre, elle n'aime pas les livres, sauf les manuels qui lui servent à quelque chose. Pour elle, la littérature n'est qu'un filet de mensonges.

Je n'irai pas par quatre chemins (sauf s'ils me mènent en Finlande!), j'ai dévoré ce livre, jusqu'à devoir me prendre des pauses lecture au bureau tellement je ne pouvais pas le lâcher.

J'ai d'abord beaucoup aimé le ton de la narration. Salme est une conteuse née, elle nous faire vivre son histoire avec tous les rebondissements propres à la vie. Il y a un sacré contraste entre Salme et l'écrivain. Salme, comme je l'ai dit plus haut, n'apporte aucune sorte d'importance à la littérature. Elle ne comprend d'ailleurs pas l'intérêt de l'écrivain pour elle. L'écrivain, lui, essaie de lui expliquer qu'il fera de sa réalité une fiction dans un livre. C'est quelque peu un dialogue de sourd qui s'installe entre eux.

A noter l'importance des mots et de la parole tout au long du roman... Celui qui réussit le mieux est celui qui parle le mieux (pour ne pas dire grand chose bien sûr...) Nous avons un bègue, un muet volontaire, un étranger qui maîtrise mal le finnois... et une langue qui se perd..

Mais, on sent bien que le livre glisse vers un autre terrain très rapidement. On quitte la voix de Salme, pour retrouver celle de l'écrivain qui raconte la vie désenchantée des enfants de la famille. Mais tout est flou, on ne sait pas si c'est la réalité de la vie des enfants percée à jour par l'écrivain, ou bien simplement un travail d'écriture, de la fiction, inspiré par les histoires de Salme.

J'ai beaucoup aimé cette réflection sur la littérature et sur le travail d'écriture.

Ensuite, j'ai adoré tous les personnages de ce roman, non pas à cause de leur personnalité (quoique la plupart sont très attachants), mais parce Kari Hotakainen (à force d'écrire son nom, j'y arriverai sans aide!) a su créer des personnages emblématiques de la société. C'est une vision très sombre qu'il nous expose. Malgré l'humour latent dans le livre, on plonge petit à petit dans des situations inextricables et douloureuses. Chaque histoire sonne totalement vraie et est parfaitement ancrée dans notre société. L'auteur dénonce ici une société qui ne s'appuie pas sur le mérite ou sur le travail pour la réussite. Deux périodes contrastent d'ailleurs, celle des parents qui doivent tout au travail, et celle des enfants qui semblent englués dans la société qui ne leur laisse aucune chance de bonheur ou de succès.

Le personnage de Peka m'a plus particulièrement touchée... C'est celui qui galère le plus, et qui utilise son cerveau, non pas comme il le devrait en travaillant, mais en trouvant toujours de nouvelles façons de parer à l'indispensable, à savoir ce qu'il va manger aujourd'hui. C'est tragique, mais il m'a amusée à chaque nouvelle idée géniale pour remplir son estomac.

Le style est très bon, la trame est bien construite. Le roman sème des indices tout au long des pages et c'est à nous de rassembler le puzzle pour comprendre et réaliser ce qui se trame vraiment devant nos yeux.

C'est aussi un roman d'une folie latente. Les personnages sont tellement désabusés que plus rien n'a vraiment d'importance, car rien ne peut être changé... et un pas est si vite franchi pour sombrer dans la folie.

Enfin, l'atmosphère de ce roman m'a donné une impression de pays à la dérive... un peuple qui a du mal à trouver sa place dans le monde environnant... il semble en suspens dans la société de consommation dont ils ne savent pas quoi faire.

Un énorme coup de coeur pour cette auteur, je ne le connaissais pas et je remercie de tout coeur Anne des Editions JC Lattès pour cette découverte !

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Schlabaya.

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