scintillation-john-burnside-L-hHcWbEScintillation de John Burnside

Éditions Métailié, 2011, 283 pages

Une presqu'île grise et pluvieuse. Sur cette presqu'île : Une ancienne usine chimique à l'abandon où les gamins aiment à se faire peur. Autour de cette usine, une forêt empoisonnée. A côté, l'intra-ville, un mouroir où survive et erre une population de délaissés à l'extraordinaire propension à mourir de maladies inconnues. Plus loin, l'extraville qui observe tout ça de loin, pour que surtout ça ne dégénère pas et que personne n'ait la force de de même imaginer s'en aller.

Ce roman se déroule en Ecosse, mais ça pourrait se passer n'importe où... ça se passe d'ailleurs n'importe où.

Des enfants se mettent à disparaître... personne ne cherche vraiment à savoir ce qui se passe... comme si on donnait quelque moyen que ce soit au seul policier de la ville de toutes façons, on lui demande bien gentiment de ne pas perdre son temps sur ces broutilles.

Ce n'est pas ici ma première rencontre avec John Burnside, j'ai toujours aimé le lire, j'aime son style et la douceur de ses histoires, mais si ses livres sont toujours dérangeants et noirs. Celui-ci ne déroge pas à la règle, c'est sûr qu'on ne rigole pas à chaque page, au contraire, au fil de notre lecture, le lecteur prend conscience que ce qu'il a entre les mains n'est qu'une allégorie de la vie sur terre : Pollution, corruption, manipulation par les grands qui mènent le jeu.

Ici on étouffe les gens, s'ils passent leur temps devant des séries télé, c'est parfait ! Il ne faut surtout pas développer la culture, l'intelligence ou l'esprit critique. Les livres "intelligents" arrivent au compte goutte à la bibliothèque, lieu que peu de gens fréquentent de toutes façons. S'ils meurent sans qu'on sache de quoi, ça diminue petit à petit le problème : il y a des moins en moins de cas à cacher.

C'est un livre fort et clairement engagé, et pourtant il n'y a pas cette impression de manifeste politique (et heureusement ! Quand j'ai commencé à entendre parler de ce livre comme un roman politique avant de le lire, j'en ai eu des sueurs froides, ce n'est pas du tout mon genre de lecture). C'est un livre plein d'images et d'humanité, par son histoire, John Burnside nous fait comprendre que la société déraille sévère et que, peut-être, on devrait regarder un peu plus autour de nous"Il fallait tout abattre et recommencer, sans doute dans des cabanes et des huttes en terre, pour que les gens puissent réapprendre à vivre, au lieu de se contenter de regarder la télé à longueur de journée, en laissent leur gamins faire n'importe quoi. Il fallait transférer les gens plus loin sur la côte et leur apprendre à pêcher, leur donner des petites parcelles de terre à cultiver, des petits lopins, quelques outils et un ou deux sacs de graines, et il fallait les laisser pendant une génération, les laisser apprendre à vivre et éduquer leurs enfants [...] ramenant le plaisir d'être en vie" (pages 238/239)

Lors de mes précédentes lectures de John Burnside, ce que j'ai avant tout aimé, c'est sa façon de décrire et de voir la nature. Il ne passe pas en y jetant un oeil, il sait la voir et nous en transmettre les images et les émotions qu'il perçoit. Ce qui fait la force de ce livre, c'est qu'il est également très doué pour nous décrire ce monde de désolation, la nature empoisonnée mais toujours avec la même douceur qui rend les images encore plus percutantes et choquantes. Il nous plonge dans cet environnement juste un peu plus noir que la réalité (quoique...) et il nous met face à nos responsabilités. Ce monde pourri, corrompu, sale, empoisonné, ennuyeux, c'est nous qu'il l'avons, sinon voulu, créé. 

On ne peut pas lire ce livre sans penser à 1984 de George Orwell. Dans 1984, la nature flamboyante existait encore et les personnages s'y réfugiaient parfois... Que nous reste-t-il maintenant si même la nature ne peut plus nous apaiser ?

Je m'étale et vous l'aurez compris, ce livre est un gros coup de coeur ! Si je n'étais pas déjà fan, je le serais devenue au bout de deux pages de ce roman.

D'autres avis : Yv, Cuné.

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NB : Après le mois Kiltissime, l'été kiltissime, ben on continue ! Vous pouvez vous joindre à nous !