desolations-et-Caribou-Island--50--Caribou Island de David Vann

Éditions Penguin, 2011, 293 pages

Vous vous souvenez certainement de la vague provoquée par Sukwann Island il y a deux ans dans le milieu littéraire... et je n'en étais pas sortie indemne. Alors, quand en février dernier, je suis tombée sur ce nouveau livre à l'aéroport de Glasgow, je me suis jetée dessus et je l'ai acheté. Pour le lire il y a un mois tout juste. C'est tout moi.

Mais le fautif, c'est David Vann lui-même (oui, montrons du doigt les vrais coupables). Il y a des gens qui ont aimé Sukwann Island, moi j'en ai fait un livre coup-de-coeur-chouchou. Alors forcément, pas facile d'envisager de se plonger dans un nouveau roman de l'auteur, de peur d'être déçue. Quelle idée aussi de se faire connaître avec un tel livre.

Bref. Quand le mois dernier Marie-Anne (Gallmeister) a organisé une nouvelle rencontre avec l'auteur, j'ai pensé qu'il serait de bon ton de lire le livre, quand même. De prendre mon courage (mon livre) à deux mains, et de m'y plonger (comme dans l'eau froide de Normandie, sans y penser).

(Ma chronique va commencer à un moment où un autre, c'est certain et n'en doutez point)

Nous sommes toujours en Alaska mais sur Caribou Island et ses environs cette fois. Gary est un éternel insatisfait. Il a ses rêves qu'il traîne depuis des années et il ne veut pas y renoncer. C'est un grand désabusé, il regrette sa vie, son mariage... qui sont loin de coller à son idéal. Irene, sa femme, est effacée. Elle se sent rejetée et négligée par son mari. Son seul tort : Elle ne correspond pas à la figure scandinave des livres auxquels sont mari voue un véritable culte et dont il tire tous ses fantasmes (en particulier ses lubies d'aventure et de retour aux sources, à la nature, à la pureté).

Bref, ce n'est pas un couple heureux, leur deux enfants ont d'ailleurs bien du mal à s'instaler dans une relation sérieuse, l'ombre de leur parents pesant sur eux.

Gary décide alors de réaliser son grand rêve : Construire une cabane sur une île pour vivre de façon très rudimentaire avec sa femme.

A côté de ça, un jeune couple entre dans l'histoire, semblant revivre les prémices de l'histoire de Gary et de Irene.

Il n'y a pas de doute, c'est du David Vann. C'est noir, très noir. Le vent souffle, il neige, il y a de la rancoeur et de la tristesse. Mais, et il est important de le noter, ce livre m'a également fait sourire (le personnage de Carl, malgré lui, ajoute un peu d'humour) - et ce n'est pas gagné avec David Vann.

J'ai beaucoup aimé ce roman cette fois encore... bizarrement je me suis beaucoup retrouvée dans le personnage de Gary... il pose une question à laquelle je n'ai pas encore réussi à répondre : Comment vivre avec quelqu'un sans perdre le contrôle de sa vie de ses rêves, de ses ambitions ?

Il est impossible de ne pas évoquer la nature qui déborde de ce livre, comme dans Sukwann Island, David Vann parvient à nous transporter dans l'espace, dans les grands espaces. Et même si l'histoire est glauque (ben oui), ça me fait toujours rêver (une cabane sur une île, ça fait un moment qu'on en parle, non?)

Ce n'est pas là le même coup de coeur que pour Sukwann Island, mais je recommande la lecture de ce roman sans aucune réserve. Attendez la neige pour que l'expérience soit encore plus forte.

Je profite de ce billet pour remercier Marie-Anne pour ses rencontres toujours très conviviales et très réussies avec l'auteur. Vous pouvez retrouver ce livre en français sous le titre de Désolations, chez Gallmeister bien sûr.

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