ZORBA2

Alexis Zorba de Nikos Kazantzaki

Editions Pocket, 1946, 348 pages

Avant de vous parler du roman, il faut que je vous raconte un peu le comment du pourquoi de cette lecture. Il y a quelques années maintenant, j'ai découvert que ce livre était le roman fétiche de Bruno Hébert, le livre qui lui avait fait aimer la littérature, le premier livre qu'il a lu de sa vie. Du coup, je l'ai acheté, curieuse. Et l'ai posé dans un coin. Ma copine A Girl a décidé de le lire cette année, et cherchait des volontaires pour subir la torture avec elle - oui on en était là. Dans un moment de folie, j'ai dit : Moi moi moi ! Vu qu'il prenait la poussière dans ma pal.

Je ne savais pas du tout de quoi parlait ce roman, et j'avais peur. En fait, nous avions peur... avec Keisha également, embarquée dans le sillon de cette lecture commune.

Alexis Zorba, c'est l'histoire d'Alexis Zorba (soyons zorbesque jusqu'au bout) et du narrateur dont on ne connaîtra jamais le nom. Le narrateur, souris papivoire notoire et fervent admirateur de Bouddha, décide de sortir de ses bibliothèques et de partir à l'aventure ! L'aventure pour lui, c'est prendre un bateau jusqu'en Crête et louer des mines de charbon afin de les exploiter. Alors qu'il attend le bateau dans un café (et qu'il boit de la sauge, beurk!), il est abordé par Zorba qui le convainc de l'embarquer avec lui.

Les voici alors dans un charmant village crétois au bord de la mer. Le narrateur médite (beaucoup... trop) et Zorba se tue à la tâche dans les mines (c'est ça le sens de l'aventure pour le narrateur, rappelons le!), il dirige les travailleurs et cherche des solutions pour gagner encore plus de temps et d'argent (le téléférique, c'est l'avenir!). Mais voilà, la vie dans les petits villages grecs ne sont pas de tout repos, les veuves y sont d'une redoutable sensualité ! Bouboulina va nous perturber le pauvre Zorba !

Zorba est un gros rustre d'une soixantaine d'années, assez primitif, il faut le dire. Il est costaud, il a vécu, on sent l'homme, le vrai ! Mais il est un peu simple, disons qu'il n'a pas d'éducation alors ses réflexions sont d'une naïveté extrême. N'empêche qu'il est souvent bien plus sage et il vit bien plus à fond que notre souris papivore.

Je l'ai trouvé bien attachant ce Zorba, alors que son compère était un peu lourdingue avec son Bouddha... à se poser des questions sur la vie au lieu de vivre ! Zorba est tellement plus spontané, inattendu et marrant !

Ce roman, c'est alors la confrontation entre nature et culture. Les deux amis, à leur façon, cherchent un sens à leur vie, il cherche le bonheur. Bizarrement, le narrateur en apprend bien plus aux côtés de Zorba que Zorba en écoutant le narrateur cultivé. Il lui démontre tout au long du roman que tous les livres du monde ne donneront jamais la clef de l'origine, du but de la vie, du mal ou du bien. La confrontation de ces deux personnalités va engendrer beaucoup d'humour tout au long du récit.

Malgré ma frayeur irraisonnée pour ce livre, j'ai beaucoup aimé ce roman, sans conteste un très grand roman. Il est sublimement écrit. Il m'arrive rarement de souligner des passages dans des livres, ici, je n'ai pas lâché mon crayon de toute ma lecture. Les paysages et la nature s'expriment à travers les pages et Zorba est plein de belles paroles.

Bon, évidemment, il y a lieu de souligner le côté un peu hallucinant du roman, en particulier quand il s'agit de la vision des femmes (qui ne sont pas un être humain, rappelons-le!). J'ai pris tout ça avec le sourire, mais que personne autour de moi ne s'avise d'avancer de telles opinions !

"-Est-ce que je ne suis pas sorti d'un égout, moi aussi ?

-D'un égout? fis-je surpris. Que veux-tu dire Mimitho ?

-Ben, d'un ventre de femme.

Je fus effaré. Seul un Shakespeare, pensais-je, aurait pu, en ses minutes les plus créatrices, trouver une expression d'un réalisme aussi cru, pour peindre l'obscur et répugnant mystère de l'enfantement" (p.117)

(ouais, je sais, c'est moche)

Quelques autres passages, beaux ou drôles...

"J'étais descendu si bas que si j'avais eu à choisir entre tomber amoureux d'une femme et lire un bon livre sur l'amour j'aurais choisi le livre" (p.119)

"La nuit était tombée. Deux trois corbeaux revenaient, pressés, à leur nids : les chouettes sortaient des arbres creux pour manger ; les escargots, les chenilles, les vers, les mulots sortaient de la terre pour se faire manger par les chouettes." (p.198)

"Quelle drôle de machine que l'homme! Tu la remplis avec du pain, du vin, des poissons, des radis, et il en sort des soupirs, du rire et des rêves."

Aucun regret alors d'avoir lu ce roman, et je suis ravie d'avoir enfin lu un premier roman grec.

Le billet de souffrance de Keisha, et celui de A Girl a beaucoup aimé ce monde zorbesque elle aussi.

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