paula spencerPaula Spencer de Roddy Doyle

Éditions Robert Laffont, 2012, 302 pages

J'avais lu il y a quelques mois La femme qui se cognait dans les portes, le premier tome sur la vie de Paula Spencer. Et voici le deuxième.

On retrouve Paula quelques années après le premier tome, deux de ses enfants ont quitté la maison, les deux autres, ses bébés malgré leur âge, vivent avec elle. Sa vie, pourtant semblable en beaucoup de détails avec celle qu'elle menait quelques années plus tôt, a pris un tournant majeur. En effet, Paula ne boit plus une goutte d'alcool, mais si les démons la poursuivent encore. Elle travaille toujours comme femme de ménage, mais semble mieux gérer son argent, elle a même le courage de s'offrir un café dans le coffee shop du coin, parfois. C'est à la renaissance de Paula que l'on assiste alors, elle recommence à se respecter et à prendre soin d'elle, elle veut rattraper le temps perdu avec ses enfants, et veut devenir une grand-mère idéale.

Je n'ai rien à dire sur la forme du livre, il est bien construit et bien mené. J'ai aimé la façon dont était traitée la tension latente de Paula qui doit continuer à se battre contre l'alcool (c'est encore moins évident pour elle, alors qu'elle a une fille alcoolique sous son toit). Elle est toujours aussi touchante, et de plus en plus admirable sur son chemin à remonter doucement, mais sûrement, la pente.

Mais, et je m'étonne de ne pas en avoir parler dans mon billet sur premier tome, il y a un gros problème au niveau de la traduction de ce roman et ça m'a grandement gâché le plaisir ! Heureusement que je suis persuadée de la qualité du texte original, car j'en ai fini ma lecture TRES agacée !

Dans le premier tome, ce dont je me souviens parfaitement, c'est que la traductrice (la même que pour le présent roman) ne savait pas écrire le mot "Guinness" (je veux dire, c'est un roman irlandais, hein), et qu'elle avait remplacé le mot "taf" par "teuf". Je veux dire, quand on a un doute et que l'on sait que le texte va être publié, on vérifie !

Deuxième tome donc, je n'ai pas cessé de voir l'anglais derrière le texte français, chose que je ne supporte pas ! En français, on retiendra qu'on ne dit pas, par exemple "Elle est une battante", mais "C'est une battante". Mais c'est un détail.

Ce qui m'a le plus AHURI, c'est l'usage excessif et totalement incompréhensible du mot "frais".

Exemple :

"-Dans le temps j'ai vraiment connu une autre femme qui s'appelait Paula Spencer.

- Ah ouais ?

- Ouais.

- Frais." (p.141)

Qu'est-ce que c'est que ce binz ? Ca revient souvent, "C'est frais", y'a plein de trucs frais dans ce livre. Forcément, j'en ai parlé autour de moi, la plupart des gens m'ont envoyé des yeux ronds en réponse. Jusqu'au jour où on me dit : "Ah mais oui ! Ca veut dire cool !"  Hein ???

Donc, ça existe, mais ça ne fonctionne pas, je suis désolée de le dire. C'est du langage de djeuns qui va disparaître au bout de quelques mois, et que 95% de la population française n'utilise pas, voire ne connaît même pas (et je doute que la traduction de ce roman soit remise à jour, année après année, pour suivre la tendance djeuns du moment.) C'est donc pour moi une grande maladresse, une expression prise un peu, là, comme ça, mais que la traductrice elle-même ne semble pas maîtriser (je me réfère à l'utilisation de "teuf" au lieu de "taf" qui semble être du même moule).

J'ai trouvé la plupart des dialogues boiteux, avec l'utilisation de "super" toutes les trois lignes. J'imagine en anglais qu'il y avait du "great", mais si "she's great", ça peut vouloir dire qu'elle est pleine forme, que c'est une fille géniale, ou qu'elle est super en effet. Mais il me semble que great = super dans n'importe quel contexte ici.

Bref, c'et dommage car j'étais plus en train de relever les problèmes de traduction que d'apprécier le texte lors de ma lecture... Je vais donc éviter cette traductrice ou bien lire Roddy Doyle en VO dorénavant.