Un ciel rouge, le matin de Paul Lynch

Éditions Albin Michel, 2014, 288 pages

Traduit de l'anglais par Marina Boraso

Quand un nouvel auteur irlandais apparaît, je prends ! Sans même connaître le thème du livre. C'est qu'il y a des pays dont j'aime me tenir au courant ! J'ai ce livre sur les étagères depuis février mais j'ai attendu un peu pour le lire car, à cette période, j'avais déjà lu deux ou trois romans qui se passaient dans la tourbe, qui parlaient d'évictions et j'avais peur d'une lassitude qui aurait pu me faire passer à côté de ce livre. Et puis, alors que ça m'aurait certainement donné envie d'ouvrir ce roman plus rapidement, j'ai raté les deux rencontres avec l'auteur qui ont eu lieu à Paris (parfois, la vie de prof ce marie mal avec les rencontres culturelles parisiennes!) Bref, c'est les vacances et j'ai eu le temps de me plonger dans ce roman je l'ai lu en deux jours.

L'intrigue se passe en 1832. Coyle vit avec sa femme et sa petite fille (un autre bébé va arriver sous peu) dans la campagne d'Inishowen en Irlande. Ce sont de modestes gens qui travaillent dur pour s'en sortir. Quand son propriétaire lui faire savoir qu'il est expulsé, il voit rouge et décide d'aller lui causer. La tension monte très vite et Coyle tue par accident le propriétaire. Il doit alors abandonner sa famille et fuir pour sa vie. Il est traqué par trois hommes de main du propriétaire à travers l'Irlande dans laquelle il se cachera comme le fugitif qu'il est jusqu'à ce qu'il prenne une bateau pour l'Amérique.

Alors que, même si j'aime ça aussi, dans les romans irlandais tout est souvent très lent et calme, ce roman dénote de ce qu'on a l'habitude de lire de la part d'auteurs de ce pays ! Le livre est un roman d'aventure, Coyle est traqué et la tension est palpable à chaque page. Il finira par prendre un bateau vers l'Amérique et effectivement, dès les premières pages, ce roman m'a fait penser à un Western, en tout cas à un roman Américain si propice à des histoires de traques et de reglements de compte à travers la campagne et des étendues de vide. Mais ça n'en reste pas moins un roman profondément irlandais. Paul Lynch dépeint avec lyrisme la nature dans son pays, son ciel si particulier, la pluie, le vent, la tourbe, tout ce qui fait le quotidien des irlandais. Les passages qui parlent des éléments, que ce soit en Irlande ou en Pennsylvanie sont magnifiques, ils subliment la nature.

Ce livre est également un roman sur l'immigration et sur les colons qui partaient pour l'Amérique dans des conditions déplorables : Les voyageurs n'étaient jamais sûrs d'arriver en vie à destination après cette longue traversée. Le rythme du récit semble s'apaiser pendant cette traversée, comme une pause obligatoire tant pour le lecteur que pour Coyle. La nouvelle vie en Amérique, pleine de promesses dans l'imagination collective ne sera pourtant pas une réalité cuisante d'Eldorado pour ces irlandais réquisitionnés pour construire un chemin de fer dans des conditions qui ressemblent fort à l'esclavagisme (la fin du roman m'a indignée au plus haut point! Mais je n'en parlerai pas ici...)

J'ai déjà parlé du style plus haut quand l'auteur évoque la nature. Bien que l'histoire soit assez sombre, haletante, angoissante, c'est un livre qui se lit avec plaisir. On peut même dire que c'est un beau livre, une belle histoire grâce au style de l'auteur : Tout en douceur, plein d'humanité et de respect pour la vie, les gens, la nature, les animaux. On comprend que Coyle a eu un accident de parcours mais que c'est un homme bon qui subit dorénavant sa vie. L'auteur sème un peu le trouble dans l'esprit du lecteur lors des premières du roman en utilisant des flashbacks et des changements de point de vue... mais on s'yhabitue bien vite et j'ai trouvé que c'était un style très fin que l'auteur utilisait là. L'auteur crée alors une ironie dramatique entre ce que les lecteurs savent et ce que les personnages ignorent (et ça fend le coeur, croyez-moi!)

Je ne peux que vous recommander ce roman, certainement le meilleur et le plus étonnant que j'ai lu depuis le début de l'année. J'ai aimé le style, doux, fluide et très maîtrisé. J'ai aimé les thème abordés : l'Irlande, l'immigration, l'Amérique des pioniers. Un livre grandiose, un véritable coup de coeur !