L'été des noyés (A Summer of Drowning) de John Burnside

Edition Métailié, 2014, 287 pages.

Liv vit sur une petite île arctique en Norvège avec sa mère Angelika, atriste peintre illustre. Sur l'île, autour d'elles une petite communauté virevolte comme attirée par le charme et le côté mystérieux d'Angelika. Les vacances d'été débutent, et deux frères meurent successivement, noyés dans la mer en pleine nuit à quelques jours d'intervale. Pour Liv, bercée depuis sa plus tendre jeunesse par les récits magiques de son vieux voisin Kyrre, la Huldra (créature des forêts qui séduisent les humains dans le folklore scandinave) les a envoûtés et emportés un à un, jusqu'où ira-t-elle ?

Mais le roman n'a pas pour motivation de mener les enquêtes sur ces disparus. Le roman reste centré sur Liv et sa mère, alors qu'elles essaient tout au long du livre de préserver leur isolement et de plonger de plus en plus dans la solitude : Isolement envers la communauté, mais isolement mutuel également. Elles partagent la même maison mais vivent dans deux univers parallèles, se parlant à peine, ne se questionnant pas. Angelika est déroutante et on se surprend à plaindre la jeune Liv qui doit se construire, seule, sans l'aide de ses parents, dans un environnement plongé dans la magie.

Ici, comme dans tous les romans de Burnside, la nature et le style tiennent une place centrale dans le récit. Pour ma part, je lis John Burnside autant pour ses histoires que pour ses mots : les phrases regorgent de douceur, d'humanité et de respect pour la nature. L'île sur laquelle Liv vit, la forêt, la mer, les oiseaux sont les éléments essentiels pour créer l'ambiance à la fois duveteuse et effrayante de ce livre. La nature est plus imposante que l'homme et les isolent toujours un peu plus.

"He said once that the reason he wrote was that he wanted to take us all into a deep forest and leave us there, so we could see how beautiful it was. He wanted to carry people off to remote islands and the slopes of active volcanoes so they would stop what they were doing and start to care about the world. He wanted them to switch off the television and the piped music and see what was real."

La narratrice de ce roman est Liv. Aussi, l'auteur ne cherche pas à apporter des réponses à tous les évènements mystérieux qui surgissent dans l'environnement de Liv, mais tout comme elle, nous sommes plongés dans l'incompréhension. Nous n'en saurons jamais plus que Liv, qui se retrouve face à un mur quand elle questionne sa mère sur ses origines, qui ne veut plus questionner la seule personne qui pourrait lui parler de son père et mettre en péril sa vie "paisible" avec sa mère.

Un très joli roman qui se déroule entre réalité, rêve, démence et mythologie sous un paysage magique d'une île arctique. J'ai adoré !