Le lettre

La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi de Rachel Joyce

Traduit de l'anglais par Marie-France Girod

Éditions Piment, 2012, 412 pages

A Kingsbridge, dans le sud de l'Angleterre, Harold passe sa retraite à s'ennuyer aux côtés de sa femme Maureen. Le dialogue semble rompu entre les deux membres du vieux couple, ils ne se parlent plus, se supportent à peine. Un mardi, Harold reçoit une lettre de Queenie, son ancienne collègue de la brasserie dans laquelle il a passé toute sa vie professionnelle. Elle lui apprend qu'elle est en soins palliatifs, dans un institut de Berwick, à la frontière écossaise. Elle est atteinte d'un cancer et voulait lui dire au revoir. Harold est très touché par cette lettre, plus qu'il ne l'imagine. Il décide de répondre laconiquement à Queenie mais au moment de poster sa lettre, il n'y parvient pas, passe de nombreuses boîtes-à-lettres et décide finalement d'aller la porter directement à Queenie, à pied. C'est ce qu'il faut, c'est ce qui la sauvera du cancer. Il continue alors sa route avec ses chaussures de marin, vêtu d'une chemise et d'une cravate et avalera des kilomètres et des kilomètres.

Il marche pour Queenie mais on se rend bien vite compte qu'il marche pour lui, pour se recueillir sur sa vie, faire face à ses plaies, se retrouver. Ce long voyage, fatiguant et difficile, est un moyen de se remettre en question, de se retrouver et de renaître. C'est également une forme de rédemption.

Cette histoire m'a beaucoup touchée et ce livre m'est certainement tombé dessus au moment idéal (tombé dessus, c'est exactement ça en plus! Posé sur un sac, en évidence, dans mon garage, alors que j'allais chercher de la lessive). Le cheminement d'Harold est d'une grand richesse humaine, il découvre l'humanité, les liens avec les gens, les bons comme les mauvais. L'espoir auquel on s'accroche lorsque l'on est en train de perdre quelqu'un alors que l'on sait ce qui va gagner la bataille est très finement exprimé, tout comme nos petites superstitions qui nous permettre de croire et de continuer à vivre malgré tout. Harold passe implicitement un deal, s'il se sacrifie, s'il souffre en chemin, il parviendra à sauver Queenie, c'est comme ça que ça marche, c'est comme ça que ça devrait marcher.

J'ai également aimé le parallèle entre l'évolution intérieur d'Harold et celle de sa femme. Ils se redécouvrent alors qu'ils sont séparés, ils s'accordent cette pause et cette distance qu'ils auraient dû s'accorder bien plus tôt pour guerrir des accidents de leur vie.

Cette une belle histoire qui me donne envie, moi aussi, de partir à pied, même si c'est trop tard. Juste pour ceux qui ne peuvent plus le faire.