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La neige noire de Paul Lynch

Traduit de l'anglais par Marina Borasco

Éditions Albin Michel, 2015, 303 pages

Barnabas a grandi en Irlande, dans le Donegal. Après quelques années aux États-Unis où il travaillait à la construction des gratte-ciels, il revient avec sa femme américaine et son fils pour l'élever comme un irlandais. Ils vivent d'un large domaine dans lequel ils élèvent du bétail, Eskra, sa femme, s'occupe patiemment de ses ruches. Un jour, le malheur s'abat sur la propriété et leur grange brûlent, avec toutes les bêtes à l'intérieur. Matthew Peoples, l'employé de Barnabas, va perdre la vie en essayant de sauver les bêtes, Barnabas s'en sort tout juste. Cette catastrophe va marquer le début de la descente aux enfers pour la famille. Le sort semble s'acharner sur eux comme une malédiction, comme si les morts revenaient se venger, comme un brouillard de malheur qui enrobe petit à petit le destin du couple.

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Charlies C Ebbets “Lunch Atop A Skyscraper” (1932)

L'irlande est alors présentée comme un pays très ancré dans la traditions, les croyances, le respect des ancêtres et de l'Histoire. Barnabas et sa femme vivent entourés de gens qui voient en lui le mauvais oeil depuis qu'il a tout perdu, une Irlande traditionaliste, fermée, superstitieuse. Une Irlande qui vénère ses morts, que se complaît dans le malheur et qui refuse d'imaginer une avenir meilleur, tel est le destin du peuple irlandais, embarquée sur leur île maudite comme une barque fantôme porteuse du poids de leur histoire.

On retrouve le style de l'auteur, imagé, inventif, doux et en même temps tellement cruel. La nature s'imisse dans le quotidien des personnages et pas seulement parce qu'ils habitent au milieu de nulle part. La nature enrobe les personnages, une brume flotte et les protège, cette même brume qui tente de les emporter. Les gens sont hostiles alors que les éléments semble consoler les personnages et les lecteurs. C'est un roman aux pages moites, à l'air froid, au thé tiède, toujours tiède voire froid, bizarrement. Un roman dans lequel les animaux tentent de délivrer des messages aux hommes qui ont du mal à les percevoir. Un roman sur la nature humaine, sur la nature tout court, sur l'animalité du monde, sur la résistance face aux sentiments les plus extrêmes et les plus douloureux.

Il ne faut pas s'attendre à beaucoup sourire en lisant ce roman, mais il n'en reste pas moins que c'est un roman qui se déguste, chaque phrase est un hymne à la langue et à la nature, à la littérature, à l'Irlande, ce pays ambivalent.

Tout comme le premier roman de l'auteur, ce livre est un véritable coup de coeur.