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Ma vie de pingouin de Katarina Mazetti

Traduit du suédois par Lena Grumbach

Éditions Gaïa, 2015, 270 pages

Il faut croire que je n'en ai pas fini avec Katarina Mazetti, ou avec la Suède, au choix ! Quoiqu'il en soit, je ne vois vraiment pas comment je pouvais ne pas acheter de façon totalement compulsive impulsive ce roman (alors que je cherchais des sud-américains, il ne faut pas chercher! Vraiment pas!) Ceux qui me connaissent un peu savent que les pingouins et moi, c'est une longue histoire, et qu'ils s'appellent tous Micha. Pingouins, manchots, même combat ! Bref, j'aime les pingouins, j'aime le mot (qui sonne quand même bien rigolo) et j'aime ces petites créatures marantes. Alors forcément, Katarina Mazetti qui a déjà attiré mon attention + pingouins, ben moi je ne peux pas résister!

Un groupe très hétéroclite de suédois décide de partir en voyage avec pour but ultime, une croisière en Antarctique pour observer les manchots/pingouins et autres créatures du froid. Chacun a son but caché dans ce voyage : L'un mettre fin à sa vie, l'autre mettre fin à la vie d'une autre, une autre veut vivre avant de ne plus pouvoir le faire, une autre encore, vieille baroudeuse du troisième âge qui ne peut se résoudre à rester sédentaire ne serait-ce que deux mois, d'autres viennent à la chasse aux veufs... Une belle brochette d'être bien différents à l'image des nombreux animaux et oiseaux qu'ils vont observer au cours de leur croisière.

Quelques personnages se détachent et prennent de l'importance au cours de l'intrigue : Wilma et Tomas, deux personnages attachants aux tempéraments bien opposés, Alba la fameuse baroudeuse qui ne veut pas se laisser piéger ni par la vie, ni par le temps (de toutes façons, elle mourra le jour de ses cent-vingts ans, un point c'est tout !)

Autant le dire d'entrée, j'ai adoré ce roman ! C'est du feel-good juste fait pour moi, c'est à dire : Les pingouins, le voyage, les paysages, les animaux, la nature, l'Antarctique. Bref, c'est le voyage que je rêverais de faire ! Et puis c'est cocasse, touchant, émouvant, parfois les personnages sont énervants, bref tous ces touristes sont criants de vérité, dans toute leur ambivalence. Ce roman en ennuiera certainement certains, mais pour moi, il y a tous les ingrédients d'un bon roman.

Katartina Mazetti utilise de nouveau l'altérnance de points de vue pour raconter son histoire. Elle le dit en introduction, elle n'est pas à l'aise avec la narration omnisciente, alors c'est sa façon de s'en sortir et brillamment. Ce que j'aime, et que j'avais déjà remarqué dans Le mec de la tombe d'à côté, c'est que ce n'est pas du tout répéter les mêmes scènes d'un nouveau point de vue, il y a des ellipses qui permettent d'avancer dans la narration comme dans un roman plus traditionnel. En introduction, elle nous prévient également que l'on peut picorer son livre dans le désordre, parfois ne pas ouvrir les portes de certaines cabines. Je ne sais pas si cette méthode fonctionne vraiment, je suis une fille très linéaire, mais ses conseils m'ont bien amusée. Elle a un style, une fluidité dans l'écriture et un humour auxquels j'adhère totalement.

J'ai également beaucoup aimé les trois personnages centraux, décidément l'auteur dépeint des personnages qui me parlent beaucoup à un point que c'en est perturbant ! (ça fait quand même deux fois que j'ai l'impression qu'elle s'inspire de quelqu'un de mon entourage, c'est effrayant!) Tomas et Wilma qui se trouvent malgré les icebergs qui les séparent... Alba qui est à mourir de rire avec son petit carnet et ses listes tendant à caser les humains du bateau dans des catégories animalières.

Enfin, c'est un roman très écolo, il y a de nombreuses réflexions sur l'avenir de la planète, sur notre tendance à l'autodestruction ou la destruction conscientes (que ce soit celle de la nature ou celle des humains.)

Petit extrait significatif :

"- Tu t'es lancé dans le docu animalier gore ? ai-je murmuré. Des canards assassins mangeurs de cadavres ? Je ne savais pas que les canards faisaient des choses pareilles. Petits monstres, contentez-vous donc des plantes aquatiques et du potamot !

[...]

- Cette espèce de canard mange de la chair morte, a-t-il dit. Ils ont développé des dents, au fil des millénaires. Il n'y a pas de quoi s'offusquer. Toi aussi, tu manges de la chair, bien que tes ancêtres aient probablement été de paisibles végétariens ! Et contrairement à ces petits canards, tu pourrais te satisfaire de plantes, si tu voulais. Eux ne le peuvent pas, il n'y a pas assez de végétation ici pour eux !"

Bref, j'ai fait un excellent voyage en Antarctique sur ce bateau !