thomas hardy dog

The Well-Beloved (La bien aimée) de Thomas Hardy

Kindle Editions, 1892, 166 pages

Jocelyn nait et grandi sur l'île de Slingers (Portland, dans la vraie vie) en Angleterre. C'est le fils d'un puissant exploitant de carrières mais, ne voulant pas reprendre l'affaire, il part très vite à Londres où il se forge une belle réputation de sculpteur. Alors qu'il revient sur l'île pour rendre visite à son père, il renoue avec Avice, son amie d'enfance. Une courte romance débutera entre eux, il l'a demande même en mariage mais, alors qu'il marche en direction du continent pour regagner Londres (oui c'est une île mais on peut marcher jusqu'au continent), un soir de tempête, il tombe sur une autre jeune fille (en péril) et de laquelle il va s'émouracher, puis la demander elle aussi en mariage dans la foulée. Vous l'aurez compris, Jocelyn est un être inconstant... ou plutôt, car c'est l'objet du livre, c'est un homme à la quête d'un idéal amoureux. L'originalité c'est que, au lieu de reconnaître que l'amour est changeant, que lui-même est changeant (mais c'est vrai qu'il n'est pas très changeant en même temps, il est même du genre borné notre Joce), l'essence de sa bien-aimée va voler d'une jeune femme à une autre. De ce fait, il lui reste fidèle, toujours à sa poursuite. Mais c'est dans Avice que semble s'être ancrée plus profondément sa bien-aimée (alors que ce n'est vraiment pas clair pour lui - ni pour nous - au premier abord), et dans ses descendantes... Jocelyn va poursuivre sa bien-aimée dans la fille de Avice (Avice n°2 - même si elle a un autre prénom qu'on oublie vite), et sa petite-fille, Avice deuxième du nom (mais de troisième génération, vous suivez?)

portland

J'ai lu ce livre de mon chouchou Thomas Hardy dans une situation bien particulière : Un groupe Facebook dédié à Athony (dont on ne prononce pas le "h", c'est important) Trollope (alors que bon, j'ai lu un Trollope dans ma vie, mais des fois on se laisse emporter par des gens passionnés, c'est tout) a décidé d'organiser une "Big continuing Read" de Thomas Hardy (grosse LC, quoi!). Le principe, on lit un chapitre par jour, et on en parle, chaque jour, au fur et à mesure ! Armée de mon kindle, je me suis vue digne d'une héroïne de roman victorien, attendant impatiemment le courrier pour pouvoir lire mon épisode quotidien (oui, y'a comme un anachronisme dans ma phrase.) Mais, avouons-le aussi, ce fut un exercice très dur ! D'autant plus que les chapitres de ce roman sont très courts ! Du coup, hop, à peine un quart d'heure et je devais cliquer sur le bouton off de ma machine. Mais j'ai adoré l'expérience, que je vais d'ailleurs renouveler bientôt avec leur chouchou à eux (et là, les chapitres font genre trente pages, va falloir tenir le rythme !) (mais hé, chuis prof, les vacances arrivent, et je n'aurais que ça à faire ! hé hé hé!) Cette lecture fut alors riche en échange, en anecdotes culturelles (on a beau s'intéresser à l'Angleterre depuis des années, on a jamais les références d'un natif, c'est certain, même si c'est triste!), en désaccords (pauvre Tom, en même temps, même moi, j'avais pas les arguments pour te défendre vraiment), en exaspérations même.

avice's cottage

Photo du cottage d'Avice que j'ai empruntée sur le super blog "Trevor On Tour"

C'est que voilà, je l'ai dit et je reste sur ma position, j'aime Thomas Hardy. Il est des auteurs dont je dis(ais) qu'il pouvait m'écrire cent pages sur un mouton dans un champs, que ce serait toujours beau et passionnant (l'autre qui est capable de ça, c'est John Burnside) car j'aime profondément et infiniment sa plume. Ici les descriptions des paysages et des éléments restent majestueuses, j'ai adoré l'ambiance insulaire, le vent, la mer déchaînée, la sensualité qui accompagne toujours la nature chez mon cher vieux Tom. Par contre, je n'ai pas reconnu mon vieil ami dans son intrigue, dans ses personnages... Certes, il y a ici une vision moderne de l'homme, une vision improbable même. Les femmes ne sont pas non plus des victoriennes type qui s'écroulent à la moindre contrariété (pas de sels ici, ce sont des femmes robustes ces Avice, comme de la roche ! Ah?). Mais, je n'ai pas retrouvé ici, dans les personnages, la profondeur de caractère d'un bon Jude. Joce m'a même agacée, de plus en plus à mesure de l'avancée du livre, à suivre sont idéal, à demander en mariage à tout va comme une ado maladroit qui s'entiche de tout ce qui bouge et qui se prend des râteaux à chaque fois. A chaque nouvelle demande on (enfin moi c'est sûr, mais je suis certaine aussi que je ne suis pas la seule) pouffe. En vieillissant, Joce devient même pathétique...

C'est l'un des derniers romans de Thomas Hardy, on sent qu'il y a eu du changement, qu'il se passe quelque chose dans sa tête... Sûr qu'il ne se serait plus engagé dans un roman aussi sulfureux que Jude, mais quand même, j'aime quand il sème de-ci de-là du piquant, du shocking dans ses romans !

En même temps, j'aurais fini par le lire, parce qu'à terme, ben j'aurais bien fini par écumer tous ses livres alors pas de regret.

Livre lu dans le cadre de la BIG READ mais aussi pour la LC du jour pour le mois anglais dédiée aux écrivains victoriens, et nous sommes quelques uns à avoir choisi Thomas Hardy pour aujourd'hui (les liens seront postés au fur et à mesure!)

Victoria