2666 aux Ateliers Berthier - Théâtre de l'Odéon

d'après le roman de Roberto Bolaño adaptation et mise en scène Julien Gosselin / Cie Si vous pouviez lécher mon cœur

Avec Rémi Alexandre, Guillaume Bachelé, Adama Diop, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Carine Goron, Alexandre Lecroc-Lecerf, Frédéric Leidgens, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, Tiphaine Raffier.

Durée : environ 8 heures

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Avec ma copine Lamalie, on aime les challenges un peu fous ! Alors quand une folle idée nous vient à l'esprit, on fait naturellement appel à l'autre pour suivre l'aventure. Alors, quand elle m'a envoyé un mail pour me parler de cette aventure théâtrale, j'ai dit OUI sans hésiter une seconde. Surtout que, ce n'est pas n'importe quelle pièce, c'est l'adaptation de 2666, un véritable chef-d'oeuvre à mes yeux de lectrice.

On a un peu traîné pour réserver, on voulait aller voir cette pièce sur une journée (pour que l'aventure soit plus folle!) mais on a plus trouvé de place... du coup, on s'est retranché sur l'aventure "deux-soirées-de-folie-après-le-journée-de-travail".

Nous voilà gaîment parties mercredi puis jeudi derniers pour environ 11 heures de théâtre ! (entractes compris)

L'histoire, si on essaie de la résumer.... est une intrigue qui tourne autour d'Archimboldi, auteur allemand mystérieux dont on se connaît que les livres. Quatre chercheurs et amis traquent le moindre signe de lui, le moindre indice qui les mèneraient à lui. Une mince piste les propulse dans la ville de Santa Teresa, au Mexique, dans laquelle un professeur de philologie espagnol pend des livres de mathématiques sur une corde à linge (pour voir si des éléments de la vie réelle peut pénétrer les mathématiques, hahaha!). A Santa Teresa, l'ambiance est pesante, de nombreuses femmes et jeunes filles sont retrouvées mortes dans des terrains vagues depuis des années.. Et puis, d'un coup on se retrouve en Allemagne, pendant la guerre...

La pièce suit religieusement la trame décousue comme imaginée par Roberto Bolaño, c'est pourquoi il aurait été bien difficile d'adapter ce texte pour le théâtre en seulement quelques heures.

Même si j'ai été très critique à chaque entracte de la pièce, deux jours après, il faut avouer que ce spectacle est quand même une sacrée production.... car oui, on a passé 11h au théâtre et que c'est malgré tout passé très vite. J'adore le théâtre mais je ne peux pas m'empêcher de regarder ma montre et de parfois perdre le fil quand c'est trop long. Là, ça m'est arrivé le mercredi soir lors de la dernière partie, mais juste à cause de la fatigue je crois.

9 heures devant les comédiens et ça passe comme du petit lait, vraiment, et rien que pour ça, c'est incroyable.

Mais, même si c'est remarquable dans sa globalité, il y a beaucoup de petites choses qui m'ont agacé...

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Les comédiennes

(J'aimerais tellement annoncer mes parties comme pendant le discours "d'Obama" dans la pièce!) (comprendra qui pourra!)

Pour deux comédiennes en particulier, je me suis très lourdement demandé ce qui avait pu motiver ce choix bien malheureux... Très mauvaise diction, même agaçante pour l'une d'entre elle... jeux douteux pour l'autre... elle a tout bonnement failli m'endormir... on est au théâtre, on y met le ton, des sentiments, que diable !

Mais, cette pièce, c'est aussi de l'esthétisme et des comédiennes nues sur scène... d'où certainement la motivation pour le metteur en scène de choisir des femmes longilignes, à la peau prenant bien la lumière des projecteurs.... mais à la diction et au jeu défaillants. Mouais.

La mise en abîme

On vient voir du théâtre et bien trop souvent on regarde la télé.... Le decors est fait de grosses boites, réorganisés à l'envi selon l'avancée de l'histoire.... Mais, souvent, bien TROP souvent les comédiens sont filmés et on les suit sur grand écran.... parfois on les voit sur scène, parfois on ne les voit plus que sur écran... quand ils se cachent au fond de la scène ou dans les couloirs du théâtre. C'est futé, c'est bien fait, je ne le nie pas mais ça m'a agacé et même pire.... je viens voir du théâtre, pas une série à la tv.

Même si c'est une belle trouvaille, parfois je n'y voyais pas d'autres intérêt que justement utiliser cette bonne idée !

Les comédiens statiques

Parfois aussi, des comédiens sont sur scène à faire de loooooooooongs (vous sentez la longueurs?) monologues... et celui qui a failli me perdre (dernière partie), fut un looooooooong monologue.... en allemand !!! Les monologues ne me dérangent pas forcément, mais dans cette pièce, ça cassait le rythme et ça pouvait, justement, me faire regarder ma montre.

Mais cette pièce, c'est également de bons moments, voire de très bons moments de théâtre.

Comme...

La fête des langues

La pièce est en français, en espagnol, en anglais, en allemand. Dès qu'on change de pays, on entend un peu la langue du pays (il y a un système de projection très bien pensé et des sur-titres)

Une mise en scène efficace

Pour garder les spectateurs attentifs, le metteur en scène fait preuve d'ingéniosité et de diversité scéniques. Les décors, pourtant assez simples, se modulent, bougent et la pièce s'anime devant nous comme par magie.

Certains tableaux sont vraiment beaux avec des jeux de lumières, de gestuel, de fumée. Les comédiens semblent nager, flotter devant nous. A noter ici, en réponse aux femmes nues, que des hommes aussi sont nus sur scène. Il faut donc saluer ce parti pris que certains évitent bien trop souvent. Et dans ces nus, il n'y a pas de voyeurisme ni de côté malsain, aussi bien que pour les hommes que pour les femmes, c'est tout en pudeur et très esthétique.

Les sons, le bruit, la fureur

Cette pièce est très bruyante, sonores. Le bruit rythme l'intrigue, appuie la tension, la lourdeur des situations, le jeu des comédiens. Des "DJ" sont sur scène et font partie intégrante de la pièce. Si deux comédiennes ne tenaient pas la route, d'autres comédiens ont électrisés la scène par leur présence, leur diction, leur voix, le rythme de leur paroles. Big up à la comédienne la fin et à la tension qu'elle a su injecter sur scène.

La musique est omniprésente, les lumières aussi nous transportent, nous mettent dans une sorte de transe théâtrale.

Des moments forts (en vrac...)

Je crois que la palme va au pasteur black, juste EXCELLENT ! Je ne me souviens pas de lui dans le livre par contre....

Il est dans son église en train de faire son prêche, il nous parle de côtes de porc (!) (mdr) , des étoiles, de l'importance de la lecture etc... avec la diction d'Obama. A mourir de rire !!!! J'ai adoré cette partie !

Les corps qui nagent, qui flotent.

L'hiver allemand et la tension à fleur de peau.

Le prisonnier dans sa cellule.

"Les crimes" et la façon dont ça a été traité (j'attendais ce moment, j'étais curieuse, ils ont géré).

Les extraits du roman sur écran.

 

Une très belle expérience théâtrale alors... j'aimerais tellement feuilleter mon livre maintenant mais je ne le trouve pas ! Je suis certaine que j'ai été cambriolée et que l'on ne m'a volé QUE ce livre au moment même où j'en ai besoin !

Un très belle hommage au Bolaño.

 

Et cette folle expérience rentre comme bis dans mon Challenge AL : Chili bis !

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