Trainspotting

T2 Trainspotting (Porno) de Irvine Welsh

Traduit de l'anglais par Laura Derajinski

Éditions Points, 2017, 689 pages

Dix ans après la fin du premier Trainspotting, nous retrouvons Edimbourg et sa joyeuse bande de tarés : Spud, Renton, Begbie et Sick Boy. On les avait laissés à Londres alors qu'ils venaient de gagner un sacré pactole suite à la vente de deux kilos d'héroïne. Renton avait profité du sommeil du juste de ses camarades pour s'échaper avec le magot.

Au début de ce nouvel opus, Spud est toujours un peu à l'ouest. Il vit avec sa copine et leur petit garçon. Renton est gérant de boite de nuit à Amsterdam. Begbie est enfin relâché de prison et Sick Boy vient de revenir à Edimbourg pour reprendre le pub de sa tante, le Port Sunshine, dans le quartier de Leith.

Sick Boy est pris d'une bouffée d'ambition et voit grand pour son Port Sunshine... ben le problème c'est qu'il emploie une vieille serveuse et que ses clients sont des piliers de bar pas très recommandables... Alors, quand on lui propose de tourner des films porno à l'étage de son pub, ses yeux brillent et ses rêves de dollar l'emportent sur.... tout le reste, c'est à dire, pas grand chose. On a des comédiens, c'est à dire ceux qui veulent bien, dont une étudiante, Mel, qui rêve de devenir star et qui fera tourner la tête à Sick Boy, ce qui peut être compliqué quand on partage ce genre de projets.

Renton, lui, veut faire amende honorable et rembourser ses anciens copains pour sa supercherie d'il y a dix ans. Spud avait eu sa part du gâteau, et ce qu'il en a fait (plein de poudre blanche) pousse quand même Renton à se poser des questions. Lui est clean maintenant, il essaie de vivre une vie plus ou moins rangée à Amsterdam. Quand on lui dit de revenir en Écosse pour participer au projet fou de son ancien copain, il n'hésite pas longtemps, d'autant plus qu'on lui confirme que, faut pas avoir peur, ce taré de Begbie est toujours en train de croupir en prison (oui, ils ne sont pas toujours très net dans cette bande de copains, c'est souvent l'amour vache...)

Spud... ah j'ai adoré le personnage de Spud dans ce deuxième tome ! Je ne me souviens pas qu'il ait été aussi attachant dans le premier, j'en garde surtout le souvenir du benêt du film à vrai dire. Là, il essaie vraiment de ne pas merder. Il aime sa copine, ferait tout pour son petit. Il veut rester clean, même si ce n'est pas facile, il veut faire quelque chose de sa vie, s'en sortir, s'inventer des projets. Il décide alors de préserver la mémoire de son quartier, Leith, en écrivant un livre sur l'histoire des lieux, des gens qui les peuplent etc... Et ce n'est pas facile quand on a jamais mis les pieds dans une bibliothèque d'oser en pousser la porte. J'ai adoré son cheminement intérieur, son grand coeur, son honnêteté, sa simplicité.

Enfin, Begbie, est plus fou-taré-dangereux que jamais. Il se cherche, ne s'assume pas bien et surtout, il déborde de violence et d'idées meurtrières à propos de Renton. Je n'aimerais certainement pas le croiser dans une ruelle obscure d'Edimbourg, ce bon vieux Begbie !

Voici donc l'univers Trainspotting réinstallé, et voici de nouveau un texte remarquable d'Irvine Welsh. Je n'ai pas encore eu le courage, cette fois ci, de lire le roman en anglais tellement ça doit être un casse-tête à comprendre, même si on a l'habitude du slang écossais. Ce roman sent l'Écosse du revers de la carte postale, l'Écosse populaire, l'Écosse de la galère. Ça sent la bière, le froid, la pluie. Ça sent les embrouilles et pourtant ces compères bien douteux nous semblent bien sympathiques. On les voit foncer droit dans le mur et on embarque avec eux pour voir à quelle vitesse ils vont l'atteindre. Car oui, il ont dix ans de plus, mais n'ont pas forcement acquis plus de maturité (sauf Spud!)... Ils marchent tous sur un fil, parfois pas dans le même sens, parfois à plusieurs au même endroit, au dessus d'un gouffre, dans une belle pagaille. Alors, aucun doute, ça va partir en vrille, et ça va faire mal !

Et qui d'autre qu'Irvine Welsh pouvait rendre avec tant de talent cette ambiance si particulière à cette bande de copains... Son style est précis, juste, efficace, direct. Il n'y va pas par quatre chemin pour nous raconter son histoire, il n'a pas peur de mots et ne ménage ni ses personnages, ni ses lecteurs. Les personnages vivent dans l'urgence, l'urgence de vivre, l'urgence de faire quelque chose, l'urgence de sortir de l'eau puante, stagnante et poisseuse qui leur colle aux semelles depuis leur enfance. Ça peut être cru, mais pas gratuitement et sa prose ne tombe jamais dans la vulgarité gratuite.

J'ai commencé ce roman avant de partir à Edimbourg le mois dernier car je voulais absolument lire le livre avant de voir le film là-bas. Je n'ai pas réussi à le terminer avant d'aller au cinéma... je vous raconte pas le bazar dans ma tête ! J'ai fait comme une lecture en deux dimensions ! En tous cas, j'ai adoré ce roman, pourtant si loin de mon univers habituel. Trainspotting, 1 et 2 ainsi que les deux films (je vous parle du n°2 bientôt sur le blog) me fascinent et m'enthousiasment totalement !

Livre lu dans le cadre du "Mois Kiltissime" qui se tient durant tout le mois de mars !

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