les filles des autres

Les filles des autres de Amy Gentry

Traduit de l'anglais par Simon Baril

Éditions La Bête Noire - Robert Laffont, 2017, 336 pages

Alors qu'elle n'a que treize ans, Julie est enlevée en pleine nuit dans la maison familiale. La seule témoin est sa petite soeur de dix ans, Jane, qui a assisté à la scène, cachée dans la penderie de sa chambre. Les années passent, Anna et Tom, ses parents, ont occupé ces longues années à la rechercher, sans succès. Ils n'ont d'ailleurs plus grand espoir, tout ce joue habituellement dans les trois heures qui suivent l'enlèvement... celles-ci même que Jane a passé, tétanisée dans sa chambre, sans être capable de donner l'alerte. Huit ans plus tard, on cogne, Julie réapparaît, affaiblie, vieillie, sur le pas de la porte. Toute la famille est soulagée, bien sûr, mais rapidement, Anna est prise de doutes face au comportement étrange de Julie et à ses nombreux mensonges... Comment être certaine que Julie est bien sa fille ?

L'idée initiale de ce roman me plaisait : J'aime les histoires d'enlèvements. Ça m'intéresse de comprendre ce qui se passe dans la tête des gens qui sont coupés du monde, dans celle du ravisseur, dans celle de la famille et des proches qui se retrouvent confrontés à la situation. Le thème me plaisait, c'est pourquoi j'ai ouvert ce livre, d'autant plus que le dénouement est "joyeux", la jeune Julie revient.

C'est un roman qui se lit assez vite et qui tient en haleine. Tout comme la mère, on est rapidement pris de soupçons envers Julie, elle est effectivement très bizarre et oui, on croit vite qu'elle n'est pas la vraie Julie mais une détraquée qui veut profiter d'un foyer douillet. Mais, et c'est ce qui gâche un peu tout, il y a de nombreuses maladresses dans la structure du texte. Malheureusement, l'auteur en fait TROP pour semer le doute et du coup, elle se perd elle-même dans les détails qu'elle nous donne et parfois ça sonne très artificiel (surtout quand on a l'habitude des polars et des émissions d'enquêtes criminelles à la télé.) Du coup, on se pose plein de questions... Pourquoi Julie veut-elle absolument cacher les racines de ses cheveux à sa soeur ? (à part pour provoquer un doute sur le lecteur) Pourquoi, a aucun moment, la police n'a pris possession de l'ordinateur de la jeune Julie pour prendre connaissance de ses conversations internet ? Pour éplucher son compte facebook ? C'est quand même la base lors d'une disparition inquiétante.

Si je ne me trompe pas, il y a deux narrateurs dans ce roman : Anna, la mère, et Julie. C'est comme un dialogue sourd entre eux dans la narration, Anna qui a ses doutes, Julie qui nourrit nos doutes... Julie (ou pas Julie), a l'aide de flashbacks, finira par nous raconter son histoire et remonter les années jusqu'à son enfance... et au cours de sa vie, elle a pris de nombreuses identités (du coup, est-ce Julie ? Haha ! Vous aimeriez bien le savoir, hein? Car même si elle est Julie, elle a huit ans à raconter, avec de nombreuses identités). Et moi je me demande... à quoi ça sert à part à perdre le lecteur, à semer le doute sur l'identité de la jeune femme ? Pareil pour les personnes qu'elle a rencontrées au court de sa vie (et qui peuvent AUSSI changer de nom), pourquoi autant de floux dans la façon de nous les présenter ? Juste pour que le doute s'intalle encore plus en nous de façon tout à fait artificielle et grossière. 

C'est dommage, l'idée était bonne, même les idées étaient bonnes mais j'aurais aimé une trame plus subtile, moins brouillon, plus halletante. Au bout d'un moment, je ne remarquais plus que les maladresses et passais à côté de l'intrigue.

Après, tout n'est pas mauvais, et j'ai quand même passé une agrable lecture car oui ! je voulais connaître le fin mot de l'histoire !