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Le nuage d'obsidienne de Eric McCormack

Traduit de l'anglais par Johan Frédérick Hel Guedj

Éditions Points, 2016, 467 pages

Cela fait des mois que j'erre en librairie à la recherche d'un livre qui pourra me redonner le goût de la lecture... Je cherche des choses nouvelles, qui sortent de mes auteurs favoris, j'ai besoin de découvertes littéraires, d'air littéraire. Alors, quand j'embarque mon frère en librairie, je lui demande d'essayer de me trouver des romans que je ne connais pas (et il dit que c'est compliqué, haha!). Cette fois-ci, je lui ai demandé des romans qui se passaient en Écosse. Et moi voici alors avec ce roman d'un écossais qui vit au Canada.

Harry grandit dans un quartier populaire de Glasgow avec ses parents. Il est fils unique et entretient de très bonnes relations d'amour et de complicité avec ses parents. Alors qu'il est sur le point de passer ses derniers examens à l'université, son immeuble explose, ses parents dedans. Harry va alors commencer une fuite loin de ce cratère hurlant qu'est devenue sa vie. Après ses examens et après loué quelques temps une chambre chez un couple excentrique, il part dans les Uplands pour enseigner l'anglais dans un petit village. Il n'aura même pas le temps de donner sa première heure de cours, il tombera amoureux, se fera éconduire et fuira de nouveau, n'importe où... Jusqu'au jour où des années plus tard au fin fond du Mexique, il tombe sur un livre intitulé Le nuage d'obsidienne, et qui raconte un phénomène météorologique étrange qui s'est passé au XIXème siècle à Duncairn, lieu de ses premières amours. 

Voici une histoire qui tourne en rond dans l'intrigue, la narration. C'est justement ce que j'ai trouvé intéressant et qui ennuiera peut-être d'autres lecteurs. Les situations, les aventures de personnages tourbillonnent dans ce roman comme si la vie d'Harry ne pouvait plus avoir de cheminement normal depuis la disparition de ses parents. Harry ne cessera de voyager dès lors qu'il se trouve orphelin : L'Afrique, l'Amérique du sud, puis le Canada où il finira par s'installer. Mais il continuera de voyager grâce à son travail. S'il ne suit pas les pas de ses parents qui n'ont jamais quitté Glasgow, il suivra les pas de ses "parents" adoptifs, du moins ceux qui l'auront aidé à grandir, à se construire, moralement comme professionnellement. 

Beaucoup de thèmes tourbillonnent autour d'Harry : l'amour, les femmes, les maîtresses, les enfants cachés, la folie (des personnages, des situations), la mort des parents et les enfants qui grandissent quand même. 

Un autre aspect que j'ai aimé dans ce roman, c'est l'univers magique et faussé que créé l'auteur. J'ai passé mon temps à vérifier ce qu'il nous racontait, et encore je suis passé à côté de plein de choses certainement. Tour d'abord, si la région des Uplands existe en Écosse, Duncairn ne figure pas sur la carte. Un nuage d'obsidienne (gris nuage noir qui reflètent ce qui se passe sur terre), malheureusement, ni rien qui s'en rapproche, n'a jamais existé. Les anecdotes que l'auteur rapporte sur la mort de Thomas Hardy non plus ! N'existe pas non plus le paratac, pratique sexuelle à Oluba, lieu imaginaire.

Ce roman a alors un goût de rêve, d'imaginaire pourtant ancré dans notre société. Harry est le seul personnage a peu près normal que nous rencontrons, les autres personnages sont foncièrement romanesques, souvent drôles, toujours décalés.

J'ai aimé le clin d'oeil à La maison muette de John Burnside, car j'aime à croire que ce n'est pas un simple recopiage.

Voici un roman que j'ai trouvé perturbant et d'apparence facile mais pas tant que ça dès lors que l'on essaie de remettre les choses à leur place, de faire des recoupements etc... Le thème du deuil est omniprésent, ainsi que celle de la quête du grand amour (que seul le pauvre Harry recherche), la fuite...

Un roman que j'ai lu en une petite dizaine de jours, évènement exceptionnel pour moi en ce moment ! Je peux alors le qualifier de bon roman !