"2666" de Roberto BOLAÑO
2666 de Roberto Bolaño
Editions Folio, 2004, 1353 pages
Alors, il faudrait que je résume le livre là, si je m'en tiens à mes habitudes... comment résumer ce livre magistrale ? Ça commence par le récit de quatre chercheurs en littérature, tous passionnés par l'oeuvre d'Archimboldi, énigmatique auteur allemand dont on ne sait rien. Il n'y a pas de photo de lui, il n'apparait jamais en public, il n'y a que ses textes déroutants et souvent méconnus par un public plus large. Obsédés par retrouver le trace de leur idole, ils iront jusqu'au Mexique où toutes les pistes vont se refermer devant eux. On les quittera alors pour passer quelque temps avec Amalfitano et sa fille, toujours au Mexique, alors qu'on entend la rumeur d'assassinat de femmes partout autour d'eux, dans cette petite ville de Santa Teresa. Ce sera ensuite à Fate de prendre la parole, journaliste plongé malgré lui dans Santa Teresa pour y relater le récit d'un combat de boxe. Puis s'amorce une plongée dans l'horreur avec le récit des crimes sur les femmes de Santa Teresa. Enfin Archimboldi prendra la main pour clôturer le livre.
Il y avait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman avec un tel enthousiasme ! Ce livre n'est pas seulement un roman, c'est une plongée dans la Littérature, oui la Littérature avec un grand L, celle qui nous fait réfléchir, admirer le texte, halluciner, rire, s'enthousiasmer. Cette littérature qui nous change et qui nous fait voir le monde d'un autre oeil. Je n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui se passe quand on ouvre ce livre, mais c'est tout simplement magique, magique sur 1353 pages.
Ce texte est présenté comme un roman mais ses cinq parties peuvent, je crois, être lues séparément. Il n'en reste qu'il y a, en filigrane, des thèmes récurrents, des phrases résonnent entre elles, des personnages qui font des variations d'une même situation. Les différentes parties de ce livre dialoguent entre elles, il se créé des liens entre les personnages malgré eux, chacun embarqué dans leur destin de faire partie d'un plus grand tout, d'un roman.
Chaque partie est alors hallucinante d'inovation, d'imagination, de déclinaison de talent. Plusieurs fois je me suis dit que chaque partie aurait pu être écrite par un auteur différent tellement les mots, la sensibilités, le style, la manière d'appréhender le texte sont différentes. Il y a des passages majestueusement beaux, puis d'autres vulgaires, noires, horribles.
Le texte nous fait voyager dans les styles, dans les thèmes, mais également dans le temps et dans l'espace. Le roman commence en Europe, puis il nous emmène au Mexique, au fin fond de la Suisse, en Russie pendant la deuxième guerre mondiale, dans les camps, pour revenir au find fond de Santa Teresa, ville perdue du Mexique.
Enfin, ce texte est d'une grande richesse du point de vue des thèmes abordés. Roberto Bolaño depeint des sociétés dénuées d'humanité pour justement exalter l'humanité qui doit en ressortir. Il critique ouvertement les guerres et la corruption (il dresse un portrait des plus noirs de la "justice" en Amérique latine). Mais il dépeint également les travers de monsieur et madame tout-le-monde, du dérapage qui peut arriver pour chacun, une fois dans notre vie, face à une situation donnée.
Ce roman est tellement riche que je pourrai en parler des heures. A la place, je vous invite à la lire pour vivre cette expérience exceptionnelle.
Une énorme coup de coeur, ce livre rentre directement dans mon top 5 ! Une merveille !