5 mars 2016
"Soeurs de miséricorde" de Colombe SCHNECK / "Les gens dans l'enveloppe" de Isabelle MONNIN
- Soeurs de miséricorde de Colombe Schneck
Éditions Stock, 2015, 216 pages
- Les gens dans l'enveloppe de Isabelle Monnin
Musique de Alex Beaupain
Éditions JC Lattes, 2015, 370 pages
Voici un billet inhabituel pour moi dans lequel je vais parler de deux romans en même temps. Ces deux romans furent la sélection de janvier pour le club de lecture de ma librairie. Je les ai lus à la suite et, pour moi, mes impressions de lecture ont été influencé par l'autre roman. J'ai lu ces deux récits comme deux textes qui dialoguaient l'un avec l'autre. C'est le hasard qui m'a fait lire ces livres à la suite et cela reste une expérience bien particulière pour moi, même quelques semaines après.

Sœurs de miséricorde
Azul grandit au milieu de la flamboyante campagne bolivienne. Bien vite son père meure et elle se retrouve à braver la vie avec ses frères et soeurs, sa mère déployant tous les moyens imaginables pour garder à flot le quotidien de ses enfants sans qu'ils ne manquent jamais du nécessaire. Azul est très douée à l'école, elle est ambitieuse, elle veut faire des études et réussir. Mais pour la jeune bolivienne qu'elle est, ça veut dire quitter sa famille pour étudier, en jonglant entre devoirs, cours et petits boulots. Et puis, elle tombe amoureuse, un enfant naît... la vie n'est pas simple et elle l'a mènera jusqu'en Europe, sans ses enfants, sa seule façon à elle de ne pas sombrer dans les dettes. Le choc est rude entre son petit coin de paradis bolivien et la région parisienne.
J’ai beaucoup aimé ce roman et cette plongée dans l’ambiance bolivienne. C’est un roman tout en poésie et en sensualité, quand on lit ce roman, on voyage à travers les sensations de personnage au fil des âges. J’ai aimé l’omniprésence de la nature et la simplicité de la vie de ces gens comme retour aux sources et aux valeurs simples et fondamentales, c’est un roman humaniste. C’est également un roman sur la vie et la force d’une femme, le personnage de Azul est admirable et fort. C’est une femme qui se rend belle à travers ses actes et c’est le plus important (on le réalise effectivement quand quelqu’un la décrit dans l’avion et qu’on se rend finalement compte qu’elle est boulotte et banale. Pour nous c'est une belle femme, forte et sensuelle). Un très beau voyage et une bien belle découverte.

Les gens dans l’enveloppe
Isabelle Monnin se lance ici dans un concept peu banal et que j'ai adoré! Elle commande un beau jour des photos d'une famille inconnue sur internet. Elle reçoit cette grosse enveloppe et va tisser une histoire entre ces gens, va essayer de deviner les liens qui les unissent, d'expliquer l'expression de leur visage à ce moment-là, de comprendre pourquoi certains membres de la famille semblent absents.
Le livre est alors composé de deux parties : La partie fictive puis l'enquête d'Isabelle Monnin qui va essayer de retrouver les vrais gens et de confronter son récit à leur vie effective.
J’ai beaucoup aimé la première partie, fictive, du livre. L'histoire est celle d'une petite fille abandonnée par sa mère. Laurence n'en finit plus d'attendre le retour de sa mère. Celle-ci étouffait, en attendait plus de sa vie, voulait quitter les village gris et sa vie monotone... elle rencontre l'amour, le grand, et s'enfuit en Argentine, laissant tout derrière elle. On découvre alors la détresse de la petite fille et nous faisons connaissance avec sa famille : Son père, sa mamie Poulet, sa grand-tante championne de course à pied... La voix narrative, c'est celle de l'enfant qui grandit au fil des pages et dont le style change.
J’ai enchaîné la lecture de Soeurs de Miséricorde et de Les gens dans l'enveloppe et cela a provoqué une étrange de sensation, comme je l'ai dit plus haut, celle que les deux romans se répondent : Azul qui quitte la Bolivie pour une vie meilleure en laissant ses enfants derrière elle et Michelle qui quitte la France pour l’argentine en laissant sa fille derrière elle. Ce livre est également plein de poésie, j’aime toujours quand l’auteur parvient de prendre la voix d’un enfant en gardant un ton juste, et c’est le cas ici. J’ai trouvé les personnages attachants bien que tous un peu déprimants. L’histoire de mamie Poulet (haha, j’adore le nom!) m’a glacée.
J’ai moins aimé la deuxième partie que j’ai trouvée un peu longuette, même si la curiosité est là et qu’on veut savoir, nous aussi, qui sont ces vrais personnes. Mais j’ai moins aimé le ton de l’auteur, plus dans l’introspection, dans le journalisme... et de fait éloigné du style romanesque que j’aime. Peut-être que la première partie m’aurait suffi.
Quant au CD, même si j’aime le concept (et celui de faire chanter les vrais personnages), je n’ai pas trop accroché.
Mais, quand même, ce livre reste un beau projet et je suis bien heureuse de l’avoir lu !
Livres lus pour la sélection de janvier du Club de lecture de la librairie Arthur.
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