Fréquentant assez souvent quelques Highlanders, j'ai eu vent, il y a quelques années, d'une journée un peu spéciale en Ecosse, qui ne pouvait être imaginée que par des Ecossais eux-mêmes!

Tout commence il y a 251 ans précisément, un jeune homme nait dans une région rurale Ecossaise (Ayr, pour ceux à qui ça dit quelque chose, si vous avec déjà paris le train de Glasgow pour vous rendre à Preswick Airport, ça doit vous dire quelque chose!)... Très vite (il n'a pas le choix, le sort voudra qu'il se meure à 37 ans seulement), il se met à écrire des poèmes, on le surnomera d'ailleurs le poète paysan! Ce qui est un peu ennuyeux, pour les simple mortels et surtout français que nous sommes, baragouinant parfois l'anglais, c'est que c'est poèmes sont pour la plupart écrits en Scots! (pas de l'anglais, pas du gaélique, du Scots!! C'est de l'écossais, ça ressemble à de l'anglais, mais avec des mots qui ne ressemblent à rien!) Un petit extrait au hasard : "Wee, sleekit, cow'rin, tim'rous beastie, O what a panic's uin thy breastie!" (extrait de To a mouse - oui, tout l'inspirait ce jeune homme!) Beaucoup de poèmes, mais aussi beaucoup de chansons que l'on connait parfois, sans même savoir que c'est de la tête du Sieur Burns que tout cela vient!

Bref, comme personne ne comprennais finalement grand chose à ce qu'il écrivait, à sa mort, on a décidé de boire et de lire ses poèmes (comme si ça allait régler le problème!). Ce grand romantique de Burns va par conséquent être célébré partout en Ecosse le 25 janvier de chaque année (jour de son anniversaire), cette journée étant la journée nationale officieuse en Ecosse.

Au cours de cette soirée, tout un céromial est installé : Le rassemblement, le mot de bienvenue, les grâces (qui sont des poèmes de Burns, ne vous y méprenez pas!), le début du repas. Après la soupe a lieu le grand cérémonial  de la parade et du discours du Haggis! (Notre chez Robert a écrit une Address to A Haggis, qui fait totalement parti du cérémonial, et que voici (d'abord dans le texte, puis en français):

Address To A Haggis

Fair fa' your honest, sonsie face,
Great chieftain o' the puddin-race!
Aboon them a' ye tak your place,
Painch, tripe, or thairm:
Weel are ye wordy o' a grace
As lang's my arm.

The groaning trencher there ye fill,
Your hurdies like a distant hill,
Your pin wad help to mend a mill
In time o' need,
While thro' your pores the dews distil
Like amber bead.

His knife see rustic Labour dight,
An' cut you up wi' ready sleight,
Trenching your gushing entrails bright,
Like ony ditch;
And then, O what a glorious sight,
Warm-reekin, rich!

Then, horn for horn,
they stretch an' strive:
Deil tak the hindmost! on they drive,
Till a' their weel-swall'd kytes belyve,
Are bent lyke drums;
Then auld Guidman, maist like to rive,
"Bethankit!" 'hums.

Is there that owre his French ragout
Or olio that wad staw a sow,
Or fricassee wad mak her spew
Wi' perfect sconner,
Looks down wi' sneering, scornfu' view
On sic a dinner?

Poor devil! see him ower his trash,
As feckless as a wither'd rash,
His spindle shank, a guid whip-lash,
His nieve a nit;
Thro' bloody flood or field to dash,
O how unfit!

But mark the Rustic, haggis fed,
The trembling earth resounds his tread.
Clap in his walie nieve a blade,
He'll mak it whissle;
An' legs an' arms, an' heads will sned,
Like taps o' thrissle.

Ye Pow'rs wha mak mankind your care,
And dish them out their bill o' fare,
Auld Scotland wants nae skinking ware
That jaups in luggies;
But, if ye wish her gratefu' prayer,
Gie her a haggis!

“Discours à un Haggis”

Salut à ton honnête, à ton aimable face,
Toi qui parmi les puddings es le chef de ta race!
C’est à toi que revient la première des places
Dessus tripoux, panse et abats,
Tu mérite que tous vraiment te rendent grâces
Longues comme mon bras

Tu remplis le tranchoir qui sous ton poids se plaint.
Tes fesses font penser à la colline à la colline au loin
Ta pointe pourrait bien réparer le moulin
Si le besoin en advenait,
Tes pores cependant distillent comme un suint,
De l’ambre en chapelet

Regarde le rustaud essuyer son couteau,
Se mettre à découper avec aise et brio,
Creusant comme un fossé, en excisant la peau
Tendue et chaude de tes miches.
Dans quelle gloire alors tu suscites les oh!
Que ton fumet est riche!

Tous alors, coude à coude, approchent et s’entrepoussent,
Ils s’empiffrent comme s’ils avaient le diable aux trousses,
Jusqu’à ce que leurs ventres tendus et maousses,
Résonnent comme tambours en somme,
Et qu’un vieil échevin, d’éclater plein de frousse,
Entonne un Te Deum.

Y a-t-il être ici-bas aux moeurs dégénérées
Qui irait préférer ragoût ou fricassée,
Un olio propre aux porcs à donner la nausée,
Et qu’ils repousseraient, maussades,
Alors qu’ils peuvent ainsi faire franche lippée
De telle régalade?

Pauvre diable! Voyez-le devant son assiette
Comme un roseau fluet, tout l’air d’une mauviette,
Le poing guère plus gros qu’une pauvre noisette,
Tout flageollant sur ses guiboles.
Comment à l’ennemi peut-il faire sa fête,
Quand vient l’occasion folle?

Mais, nourri au haggis, voyez un peu le gars!
Il fait en s’avançant tout trembler sous son pas,
Dedans son poing robuste une épée plantez-moi,
Il la fera sitôt siffler,
Et toc, comme chardons, têtes, jambes et bras
Il va vite élaguer.

Vous, puissants, qui voulez le bonheur pour la masse
Et veillez que soit bien bon le menu qu’on lui fasse,
L’Ecosse, sachez-le, ne veut pas de lavasse
Qui dans le bol clapote et bruisse.
Mais si vous entendez rester en bonne grâce,
Donnez-lui du Haggis

Merci à http://www.twiku.com/tag/address-to-the-haggis/

Au cours de cette soirée, il y a de la cornemuse et de la danse. Il y a aussi beaucoup de Whisky... pis chaque présent se doit de clâmer au mois une fois au cours de la soirée des vers du Poète!

La version officieuse de mon ami le Highlander, c'est : On mange du Haggis, on boit, on récite un poème, on mange on boit on récite, on boit on récite, on boit on récite... etc etc, jusqu'à ce que ce soit du gros n'importe quoi !! Car forcément c'est du Uisge qu'on boit... si vous cherchez bien, que vous le prononcer quinze fois à voix haute, ça ressemble vaguement au mot Whisky, forcément, c'est du mot gaélique Uisge que vient le mot!! Et, ce dont vous êtes loin de vous douter, c'est que ce mot veut en fait tout simplement dire 'Eau' au départ.... mais, comme vous l'aurez compris, l'eau qu'ils boivent lors de cette soirée n'a pas fini de leur monter à la tête !

Comme dirait Emma, et là je reprends son expression si bien trouvée et tellement vraie, lors de ces soirée, c'est du genre'"Un vers, un verre" !

Ce que l'on est pas peu fières de clamer, c'est que ce soir, nous, une bande d'iréductibles highlandeuses françaises, on se la fait nous la soirée Robert Burns dans un pub parisien !!!! Yipeeee! :)

Cryssilda

scot