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L'été avant la guerre de Helen Simonson

Traduit de l'anglais par Odile Demange

Éditions NiL, 2016, 639 pages

Quelle aventure ce roman ! Tout d'abord parcequ'il m'a propulsée littérairement à Rye et littéralement à Londres !

Mais commençons par le livre.. Béatrice vient de perdre de son père, universitaire et écrivain de renom. Elle vit chez sa tante qu'elle déteste à Londres et décide alors de postuler à des postes de professeur de latin dans des écoles pour gagner en indépendance. Sa candidature est acceptée tant bien que mal par la communauté de Rye (même si on aurait préféré un homme pour une discipline si intellectuelle) et elle file s'y installer. Alors qu'elle prend possession de ses quartiers (un petit cottage à la propriétaire râleuse et acariâtre) le monde s'enflame, des rumeurs d'une guerre sanglante s'installent. Mais c'est encore l'été, Béatice apprend à connaître Agatha, personnage influent de la communauté et alliée de Béatrice dès le premier jours. Elle rencontrera sa charmante famille : John son mari, Hugh et Daniel (respectivement poète incompris et jeune chirurgien), ses deux neveux, de l'âge de Béatrice. Elle rencontre également quelques uns de ses élèves pour des cours particuliers, dont l'atachant Snout, issu d'une famille tzigane.

L'été se termine, la guerre débute, les réfugiés belges arrivent et c'est bien naturellement que Béatrice propose de partager son toit avec la jeune Constance. Les jeunes anglais, pris de frénésie, s'engagent à tour de bras, à la recherche d'aventures et de gloire. Mais cette guerre, nous on la connaît et ce n'est pas du tout la folle et joyeuse aventure qu'espéraient les jeunes soldats de l'époque. Si le filtre à l'accès à l'éducation fonctionne bien, on est bien moins pointilleux pour accepter les soldats et même le (trop) jeune Snout pourra s'engager sans trop de questions.

Ce n'est pas un simple autre livre sur la première guerre mondiale, ni sur les combats sanglants. Même si on va retrouver les jeunes soldats sur les champs de batailles, le livre se concentre sur la vie en Angleterre en temps de guerre, sur les familles qui attendent et s'inquiète, sur la vie qui doit continuer malgré tout avec le rationnement (même si finalement, on s'en sort pas trop mal dans le milieu bourgeois de la campagne anglaise.), les réfugiers dont on se méfie (oh, tiens, ça me rappelle quelque chose!) - on veut bien les aider un peu, mais faut pas trop pousser non plus.

Bien sûr, Helen Simonson nous dépeint les personnages avec moult détails, et on s'attache à eux, au même rythme que Béatrice, deviennent notre famille.

C'est aussi un roman très féministe qui dénonce la condition de la femme à l'époque et le concept de respectabilité : Une enseignante doit être irréprochable et célibataire (pure quoi!), une fille ne doit pas être trop éduquée, juste assez pour se marier et tenir correctement son ménage (how Victorian!), une femme violée, ben tant pis pour elle, elle a bien dû le chercher (tiens, ça me rappelle quelque chose!), quel manque de respectabilité ! (et pis ça éclabousse sa logeuse, bien sûr, elle aussi c'est de sa faute, hein!). L'Angleterre de l'époque semble encore bien conservatrice, aveuglée par d'épaisses oeillères. Ne parlons même pas de la communauté Tzigane ! Si, parlons-en... criant de vérité et qui n'est pas sans faire écho à la société actuelle : Le jeune Snout, bien plus intelligent que la moyenne ne pourra pas accéder à l'éducation et aux chances qu'il mérite, sa grand-mère fait office de vieille sorcière voleuse du village... Snout me fait douloureusement penser à l'un de mes élèves cette année pour lequel tout semble déjà joué.

J'ai passé un très bon moment avec ce roman enveloppée dans une cotonneuse ambiance anglaise tout au long de ma lecture. Je l'ai commencé un peu en urgence juste avant une rencontre de folie à Londres, oui à LONDRES (Robert Laffont y va de plus en plus fort, je vous aime les filles) avec l'auteur. Bon, je n'ai pas réussi à avaler ces pages en quelques jours, et j'ai laissé traîner ma lecture après le voyage (parce que livre n'est pas facile à trimbaler - pavé oblige - et) parce que je m'y sentais bien. L'identification avec Béatrice à fonctionné à 100% pour mois, étant moi-même enseignante de langue pour des populations pas forcément privilégiées. J'ai également été beaucoup touchée par l'histoire de ces réfugiés belges (je suis moi-même descendante de belges et de réfugiés d'un autre coin du globe.) Et puis, on ne peut pas rester insensible à l'histoire de ces jeunes gens plein de rêves, pétillants, à l'aube de leur vie.

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Comme je vous le disais plus haut, tenir un blog, ce n'est que du bonheur ! De nombreuses lectures, de très belles rencontres avec d'autres blogueurs et avec plein d'auteurs ! Mais quand même, il y a des choses qui restent incroyables, surtout quand on est malade, un peu de le gaz (c'est récurrent en ce moment) et qu'on reçoit un mail qui vous invite à rencontrer un auteur à Londres, oui à LONDRES ! J'avoue que j'ai relu le mail trois fois avant d'y croire un peu. Parce qu'il faut le dire, Londres est l'une de mes villes préférées au monde (bon je ne l'aii pas toutes visitées, certes) !

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Rendez-vous alors à Gare du Nord, quoiqu'il arrive, ma carte d'identité qui n'est pas à sa place (mais retrouvée illico, non mais!) les grèves, ne me feront pas manquer ce rendez-vous ! (elles ont essayé, certes) Je retrouve Maggie (l'adorable Maggie des éditions NiL) et Myriam tout sourire. Coïncidences, dans la fille d'attente les éditions Pocket sont là aussi, ils ont rendez-vous avec Ken Follett pour un tea-time (c'est le star system, rien de moins!). Nous, on va déjeuner avec Helen Simonson, oui c'est fou fou fou !

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Après un agréable voyage dans l'Eurostar et moultes bavardages entre lectrices compulsives (Maggie est indéniablement des nôtres), au cours duquel Myriam commence à filmer et Maggie à pleurer (les livres sont émouvants, celui d'Helen Simonson en particulier), nous accostons à Londres, telles des lectrices en folie ! Vu qu'on a un peu de temps avant d'aller retrouver Helen à son hôtel, nous déambulons dans les environs de Saint Pancrass et de Bloomsburry à la recherche de la librairie d'occas' Skoob que Myriam a repéré sur un guide, on la trouve dans une ruelle et là, c'est le drame ! (mais pas pour moi, hi hi!) Maggie se met à couiner devant des vieilles éditions de Villette (entre autres...), on perd Myriam dans les rayonnages, elle couine elle aussi ! Moi je reste stoïque mais je n'en pense pas moins devant de vieux livres de Thomas Hardy. Je sors fièrement, sans aucun livre à la main ! Mouhahaha !

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L'heure du déjeuner approche et notre rencontre avec Helen Simonson aussi ! Elle nous attend dans la bibliothèque de son hôtel, sagement, souriante ! On papote un peu et un jeune homme sorti de son livre (ou presque) nous explique avec son accent BBC que notre lunch sera servi dans une quinzaine de minutes (So English attitude, atmosphere....)

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Un dîner informel s'en suit dans un beau salon cosy so English (celui d'Agatha!) où trone une cheminée. Repas froid de viande froide et de fromage avec du thé de petits sandwichs à l'anglaise, de fruits, de salades, de quiches (pour notre grand soulagement, aucunement Une quiche fatale!) On papote, surtout de livres, Helen est des nôtres elle aussi !

Puis on retourne dans la bibliothèque pour the first Myriam's tea with milk - pour prendre le thé donc et faire une petite interview de Helen Simonson. Elle nous raconte comment elle s'est mise à écrire pour passer le temps vu qu'elle s'est expatriée aux Etats-Unis pour suivre son mari et qu'elle écrit plus particulièrement sur l'Angleterre parce que son pays lui manque, et en particulier sa petite ville de Rye (là même où elle a grandi et où se passe l'histoire de L'été avant la guerre). Elle nous raconte qu'elle s'attache beaucoup à ses personnages et qu'elle a du mal à les quitter à la fin de chaque livre mais qu'elle a aussi détesté le Major Pettigrew à un certain moment (je n'ai pas osé lui dire que moi aussi.) Elle nous raconte ses achats de livres, des classiques, dans sa petite librairie de Rye lorsqu'elle était ado, la beauté de la campagne anglaise (que l'on retrouve dans son roman). Elle nous raconte ses longues recherches avant d'écrire son roman et le casse-tête du choix d'un vocabulaire en adéquation avec l'époque.

Bref, c'est très sympa, une ambiance bonne enfant s'installe entre nous et on s'amuse bien ! Moi je joue la camerawoman, on pose nos questions un peu comme elles viennent, on rigole beaucoup !

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Il est maintenant l'heure de quitter Helen, on fonce vers une petite bakery que l'on dévalise tout bonnement, puis on prend black cab (Myriam doit vivre à fond sa première expérience à l'anglaise!) jusqu'à Saint Pancrass où se perd dans des librairies en attendant l'Eurostar, on est sages, on prend les livres en photo pour s'en souvenir et essayer de les trouver plus tard (même Maggie, j'vous dis qu'elle est des nôtres!). Avec Myriam, on s'émerveille devant des marques-pages et autres gadgets de gros lecteurs ! Bref, la vie londonienne est belle même si on doit bien vite repartir. Et vous savez quoi, alors qu'il faisait un temps affreux à Paris, un beau soleil brillant sur l'Angleterre !

Si vous voulez en savoir plus sur notre petite virée, voici le vlog de Myriam à propos de cette journée !

Un ENORME merci à Robert Laffont et aux Editions NiL pour leur surprises inégalables ! (d'ailleurs, ai-je précisé avoir reçu une boîte de thé pour accompagner ma lecture?) Ainsi qu'à Helen Simonson pour sa gentilesse et sa disponibilité !

Et vous savez quoi ? Si vous voulez lire ce livre, Lou et moi, on vous prépare une petite surprise sur nos blogs !

Livre lu AUSSI dans le cadre de la "LC Auteurs contemporains" du jour pour le mois anglais !