les poètes morts

Les poètes morts n'écrivent pas de romans policiers de Björn Larsson

Traduit du suédois par Philippe Bouquet en collaboration avec l'auteur

Éditions Le Livre de Poche, 2010, 451 pages

Jan Y. Nilsson vit sobrement sur son petit bateau de pécheur dans le port de Helsingborg, en Suède. C'est un poète, doué, mais qui passe quelque peu inaperçu noyé dans un marché de romans noirs suédois. Son éditeur, Karl Petersén croit en lui dur comme fer, il n'hésite d'ailleurs pas à publier ses recueils de poèmes à perte depuis plusieurs années. Un peu désolé pour Jan Y. qui ne fait que survivre de ses pauvres revenus (en effet, il dédie sa vie à la poésie, avoir un second travail ne ferait que l'éloignée du sens pur de la poésie), Petersén décide de proposer à l'auteur d'écrire un polar, celui qui fera exploser les ventes! Jan Y., rempli de doutes, se prend tout de même au jeu et écrit une histoire sur le monde de la finance, dénonçant les dérive du capitalisme. Alors que les contrats internationaux sont sur le point d'être signés, Jan Y. est retrouvé par son éditeur,  pendu dans son bateau. Un suicide, mais pourquoi ? Un Meurtre ? C'est Barck, agent de police portuaire, qui va être chargé de l'enquête. C'est d'ailleurs lui même un flic-poète ! (du dimanche, les deux.)

Au cours de l'enquête, on croisera également Tina, la muse de Jan Y. "un peu" excessive et l'un de ses meilleurs amis, Anders, lui aussi auteur de polar.

Ceci est sans conteste un livre déroutant mais quel livre ! Dès les premières pages se profile l'ombre d'un enquête qui aura bien du mal à avancer. Barck, chargé du dossier, ne fait qui piétiner, lui-même pris entre l'envie de faire son travail correctement et sa vision de lui comme, peut-être (haha), poète talentueux. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est un bien piètre policier ! Il ne fouille pas trop, il ne veut pas déranger les gens et surtout ne pas du tout admettre que des gens qu'il trouve sympathiques puissent être impliqués. Des indices, il n'en a pas beaucoup faut l'avouer, mais il faut dire aussi qu'il ne sait pas trop comment s'y prendre pour les exploiter ! Voici donc un enquête qui se traîne, qui tourne en rond, qu'on aimerait nous même reprendre en main !

Autour de lui, les autres personnages essaient de découvrir la vérité, eux aussi, bouleversés qu'ils sont par le meurtre de leur ami... mais ils ont également du mal à garder la tête froide... entre Anders qui est chargé de terminer le manuscrit inachevé, Karl qui ne peut pas perdre ses gros contrats, et Tina qui est devenue la légataire testamentaire de Jan Y., chargée de gérer toutes les oeuvres de l'auteur. Et Brack, qui veut juste crier au monde, mais il ne fait que placer des petites allusions par-ci par-là, qu'il est un poète, que diable !

Ce livre est également, tout comme le manuscrit de Jan Y., un livre engagé. Björn Larsson dénonce, et pas qu'à demi mot, tout au long du roman, la censure que les auteurs doivent subir dans le monde au nom d'idéologies... "Une nuit, il avait rêvé qu'on le tuait d'une centaine de coups de son stylo et que son sang coulait noir comme de l'encre" (p.240)... ça rappelle bien des choses malheureusement... mais ici, l'auteur parle des grands romanciers comme Salman Rushdie, ou encore Roberto Saviano... de poètes comme Federico Garcia Lorca oui Guillaume Appolinaire... D'artistes qui sont mort ou sont menacés de morts du fait de leur oeuvres, de leur "verbe" ou de la folie du monde. Et ça donne bien envie de les lire et de les relire dans le monde dans lequel nous vivons. (Et il fait plein de références à des auteurs français, c'est que l'auteur aime et connaît bien la France, ça se voit!)

Mais il ne faut pas s'arrêter à ça, ce n'est pas un livre ennuyeux d'intellectuels qui aiment bavarder entre eux. Ce livre m'a tout d'une parodie de polar, du fait de son intrigue et de ses personnages un peu fous, tout d'abord, et par le concours de notre cher Brack, Don Quichotte moderne de la police suédoise, bien loin de l'image des enquêteurs nordiques ultra-efficaces dont on a l'habitude ! Ce livre est plein d'humour qui passe, entre autres, par les remarques totalement décalées de personnages face à la situation tragique qu'ils sont en train de vivre (Big up à Barck et à Tina dans cette catégorie!) J'ai beaucoup ri et parfois bien halluciné aussi !

C'est le deuxième roman de Björn Larsson que je lis, le premier fut Le cercle celtique et décidément, Björn Larsson c'est tout une ambiance duveteuse que j'aime. C'est bien simple, j'ai envie de lire tous ses livres, romans ou récits de voyage... de belles heures de lecture s'annoncent !

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