La mémoire du corps de Shauna Singh Baldwin

Éditions Points, 2002, 633 pages

La petite Roop grandit dans l'Inde des années 20, alors colonie britannique. Sa mère meure alors qu'elle est encore très jeune en donnant naissance à un petit frère. Les enfants, deux filles et un garçon, seront alors élevés par leur père dans la pure tradition indienne : Les filles appartienne à leur parents jusqu'à leur mariage et on les élève pour les marier et qu'elles portent à leur tour des enfants. Roop rêve de grandeur et de richesse, elle ne veut pas manger par terre, elle aspire à une grande maison, elle veut être une dame. Quand un riche propriétaire et ingénieur fait sa demande en mariage, Roop est ravie ! D'autant plus que Sardarji, son futur mari, a étudié en Angleterre. Mais, alors qu'elle rêve d'une grande fête, son mariage est rapide et discret et Roop rejoint bientôt sa nouvelle demeure qu'elle devra également partager avec la première femme de son mari, Satya, stérile. Roop va rapidement comprendre la raison de ce deuxième mariage.

Le roman vogue à travers les années, on suit la destinée de Roop baignée dans le venin de Satya qui ira jusqu'à lui voler ses enfants, sous fond d'histoire indienne, de la présence britannique jusqu'à  l'indépendance de l'Inde aux contours aléatoires et artificiels.

Lisant ce livre pour mes études, j'ai eu un démarrage bien pénible.... j'ai été jusqu'à me procurer la version française - chose que je ne fais jamais habituellement - tellement je n'avancais pas dans la version anglaise. Le roman est rempli de mots indiens et de références culturelles qui m'ont bien vite égarée, je n'ai aucune connaissance de la culture indienne ! La version française m'a permis de me plonger enfin dans le roman que je me suis mise à apprécier, puis je me suis ennuyée, puis d'autres passages m'ont happés.

C'est un roman riche et un peu compliqué à vrai dire. Je ne connais pas la différences entres les hindous, les sikhs, le musulmans, les soufistes etc... et j'avaoue que je n'ai pas non plus cherché à creuser le sujet, car pour moi un roman doit se suffire à lui-même. J'ai donc encore une idée assez nébuleuses de toutes ces communautés, mais j'ai compris que ce n'était pas simple et que la cohabitation n'était pas acquise.... surtout quand des bureaucrates décident de donner l'indépendance au pays en découpant le pays au hasard. J'en ai appris beaucoup sur l'indépendance de l'Inde grâce à ce roman : ce flot de réfugiés cherchant à rejoindre la bonne partie du pays, les massacres, la violence, les viols, les pillages.... je n'avais aucune idée de ce qui s'était passé en Inde.

J'ai beaucoup "aimé" l'histoire de Roop qui m'a révoltée en tant que femme. Je suis d'accord pour admettre que l'on parle d'une autre culture, mais une femme reste une femme, et c'est juste inhumain qu'on lui vole ses bébés. Et puis la place des femmes dans la société est affligeante.... Son destin, sa qismat, est de faire "ce pour quoi les femmes sont faites", c'est à dire porter des enfants. Plus le roman avance, et plus Roop prend conscience de sa condition de femme dans ce mariage et dans son pays, elle n'est qu'un réceptacle à enfants. Son émancipation en tant que femme (du moins dans sa tête) est mise en parallèle avec l'émancipation du pays. Sardarji est emblématique de cette Inde qui est entre deux culture, il bavarde d'ailleurs régulièrement dans sa tête avec son lui imaginaire anglais. La mari de Roop révèle une Inde du point de vue économique, piochant ce qu'il aime dans la culture anglaise mais restant tout de même très fidèle à la culture indienne quant il s'agit de sa femme et de ses enfants (les filles ne comptent pas, n'est-ce pas!). Roop se fait, quant à elle, témoin de la mutation du pays, du changement sur les gens : Le pays s'est ouvert sur une autre culture et les habitants sont alors confrontés à une culture inconnue qu'ils observent et dans laquelle ils aimeraient piocher eux aussi, parfois. Surtout les femmes.

J'ai beaucoup aimé le personnage de Sardarji également pour son ambivalence et sa complexité. Il est perdu, il a fait ses études en Angleterre, il se croit supérieur, mais il comprend bien vite que la supériorité ne peut pas être admise face à un anglais pure souche. Il n'est néanmoins pas un homme mauvais, il semble aimer ses deux femmes, mais il est bien pratique pour lui d'avoir ses amantes pour assouvir ses besoins d'homme. Il traite sa famille et ses femmes comme on le luit a appris, mais il n'est pas mauvais. Il ne comprend d'ailleurs pas pourquoi Roop est malheureuse, ce qu'il a bien pu lui faire de mal.

Une citation pour finir qui exprime bien le message du roman "Sûrement il viendra, le temps où le simple fait d'être assurera l'izzat, où une femme aura le droit de choisir son propriétaire, où une femme ne sera pas une propriété, où l'amour sera seul exigé en retour du mariage, avec ou sans enfants, simplement parce que son shakti, son énergie, prendra forme et reviendra fouler la terre." (p.420)

Un roman qui m'a passionnée de son point de vue humain, pour ses prises de partie sur la condition de la femme, qui m'a perdue dans la religion et qui m'a permis de connaître mieux l'Inde. Un bilan positif alors ! (mais j'attendrai quand même avant de relire un livre de Shauna Singh Baldwin) (oh ben non, j'oubliais, je DOIS en lire un autre la semaine prochaine!) (je vais être calée sur l'Inde!) (c'est bien la fac!)