George-Orwell-Dans-la-deche-a-Paris-et-a-Londres

Dans la dèche à Paris et à Londres de George Orwell

Traduit de l'anglais par Michel Pétris

Éditions 10/18, 291 pages, 1933

J'aime tellement 1984 de George Orwell (le livre que j'ai le plus relu, bien 6/7 fois, alors que je relis très rarement un livre) que je n'ai finalement pas lu grand chose d'autre de lui au cours des années.... Sinon RIEN ! J'ai découvert l'auteur au lycée avec Animal Farm que j'ai étudié en long, en large, en travers, à l'envers, bref, dans tous les sens pour mon oral de bac. Ma prof d'anglais était passionnée par ce livre (enfin sûrement par l'auteur), elle nous avait même fait voir la version dessins animés du livre... on avait honte, on était en terminale, quoi ! L'année suivante, j'ai découvert 1984. Et c'est tout.

L'année dernière, soit hum... quelques vingt ans après ma terminale, alors que je voulais revenir à mes classiques lors du mois anglais, j'ai acheté une pile de romans classiques à la fnac, comme ça, frénétiquement. Ce qui est un peu écervelé, car je n'ai rien pris de tout ça en anglais. Mais bref. Je l'ai commencé en juin dernier, mais bon, c'est un peu la folie le mois anglais, et je n'ai pas eu le temps de le terminer à l'époque. En pleine frénésie urgente de billets, j'ai même dû me lancer dans des livres plus courts et mettre celui-ci de côté, sans aucune raison, comme ça m'arrive souvent.

Tout ça pour dire, que cette année, c'est l'année où je lis ma PAL et où j'essaie aussi de terminer les livres entamés.

Revenons au livre... La quatrième page de couv' complètement mensongère (merci 10/18) parle de ce livre en ces termes "A la fin des années 20, Orwell tombe brusquement dans la misère." Voilà, on me dit que ce livre est un récit des dures années de George Orwell à Londres, soit. Sauf qu'avant de vous parler du livre, je dois vous parler de mes différents phases de questionnement face à cette lecture...

- D'abord, je plains l'auteur - enfin je rigole beaucoup de ses expériences parisienne, c'est effectivement bien amusant et on se dit que l'auteur veut vivre à fond son expérience parisienne.

- Ensuite, il décide de rejoindre Londres car Paris c'est trop dur. Soit. Mais Londres ça devient la misère la plus pure et il devient clochard, vagabond, sans le sous, à se nourrir de pain et de thé.

Soit. Mais, plusieurs réactions :

1) Si ce génie peut se retrouver à la rue, on peut tous y finir un jour. 

2) Pourquoi ne retourne-t-il pas à Paris ? Moi à choisir, je préfère sa vie à Paris, à trimer mais avec à manger et un toit sur la tête.

3) Mais il est né en Indes, il est revenu à Londres, ses parents ne doivent pas être tout à fait n'importe qui ni sans le sou.... Ils sont morts pour qu'il puisse à ce point livré à lui-même?

4) Il aurait fait comme Jack London ? Il aurait tenté une plongée dans la misère pour voir et témoigner de l'intérieur?

5) Nan mais en fait, il a pas vraiment vécu tout ça, même si ça a l'air tout à fait véridique, hein ?

J'ai fini ma lecture et ai épluché le net à la recherche d'élèlements sur cette noire période pariso-londonienne de l'auteur (car finalement, je ne fais jamais confiance à qui que ce soit aveuglement sans vérifier par moi-même) (c'est mon côté "ouais, on m'la fait pas à moi!) Et, bingo ! Ce n'est pas un texte biographique mais un roman ! Un document ! Une étude ! 10/18, si tu pouvais JUSTE vérifier tes sources !

Donc, le livre...

A la fin des années 20, George Orwell est à Paris et est occupé à écrire (en particulier sur son expérience à Londres) mais ça le livre ne nous le dit pas. Le personnage George Orwell, vit dans des hôtels miteux, puceux même. Il travaille comme plongeur dans des hôtels de luxe, du moins pas des petites gargotes - l'auteur a effectivement travaillé dans un hôtel mais on ne sait pas si c'est pour se faire des sous ou pour vivre l'expérience et témoigner ensuite. Il raconte sa vie parisienne de galère, avec ses compagnons de galère. Le travail qu'on a ou qui manque. Quand il manque, la faim et les diverses manigances pour essayer de se remplir le ventre. Les hôtels miteux et les parisiens des bas-fonds. Même si l'expérience n'est pas très joyeuse au départ, c'est un récit plein d'humour, on rencontre des bons bougres (et grâce à Orwell, je connais le sens d'origine du mot!). Tout le monde galère bien mais tout reste bon enfant. C'est dur pour eux car ils bossent comme des esclaves mais globalement survivent et ça va pour eux.

George Orwell, le personnage, en a ras-le-bol de ne faire que bosser puis rentrer dormir quelques heures comme un robot. Il n'a même plus le temps de se laver, de voir ses amis, de profiter de Paris. Il décide alors de retourner à Londres où l'un de ses amis lui a trouver un emploi pour s'occuper d'un jeune handicapé. Il file, arrive à Londres, mais l'emploi est reporté à plus d'un mois. Sans le sou, il fait alors cette fois l'expérience des lodgings pour chemineaux. A Londres, il ne fait pas bon être clochard ! Les lois interdisent tout bonnement aux clochards de s'asseoir dans la rue dans la journée, et d'y dormir la nuit. Un système d'asile est alors en place pour "parquer" les vagabonds la nuit : Cellules sans matelas, vermines, thé dégueulasse, froid, saleté et tartines de margarine. C'est pas cher, et ça se voit ! Une autre loi anglaise veut que les vagabonds n'aient pas le droit de passer deux fois la nuit dans le même asile au cours du même mois, sous peine d'être enfermé une semaine (!). Voici pourquoi ils portent le nom de chemineaux... des gens qui cheminent à pied à travers le pays parce qu'ils n'ont pas le droit de s'arrêter et parce qu'ils doivent changer de lieu toutes les nuits.

George Orwell nous raconte alors son quotidien avec ses compagnons de mésaventures. Il n'a pas vécu cet épisode après son épisode parisien mais avant. Il s'est plongé dans le monde des vagabonds comme l'avait fait avant lui son idole Jack London dans Le peuple d'en bas (j'avais, pour ma part, détesté ce livre.) Il raconte alors ce qu'il a vécu, les gens qu'il a rencontrés comme un manifeste contre la misère et contre les préjugés sur les chemineaux. Il dresse un portrait humain, touchant, révoltant de tous ces gens.

Lui, comme le lecteur, ne peut s'empêcher de comparer la vie des pauvres à Paris et à Londres. A Paris, tout est plus bon enfant, on ne se voile pas la face. Le travail, même peu payé, semble se trouver bien plus facilement. A Londres, tout doit rester décent... On s'occupe des vagabonds la nuit, mais il faut voir de quelle manière. On leur impose de faire de longues distances qui les épuisent et ne leur permettent pas de chercher un travail puis de rentrer dormir dans un asile le soir.

J'ai adoré ce livre ! Quand je l'ai rouvert il y a quelques jours, je m'y suis plongée tous les jours avec intérêt et passion. George Orwell est un grand écrivain et un grand homme. Il est plein d'humanisme, d'intelligence, d'humour. C'est juste un plaisir de le lire dans un livre qui n'est pas vraiment de la fiction (et pourtant, je n'aime pas du tout les livres plus ou moins autobiographiques normalement, même écrits par des auteurs que j'aime.) et de découvrir quelle belle personne il était. Et puis j'ai adoré ces petites notes personnelles, ses petites pensées sur le travail, sur les lois etc... par-ci par-là, à travers le livre dans lesquelles il n'est plus en train de nous raconter son histoire mais où il a besoin de crier au monde comme tout cela est totalement ridicule ! J'ai également beaucoup aimé sa petite partie sur le vocabulaire des rues, sur l'évolution de la langue en général, tout bonnement passionnant (c'est à ce moment que j'ai le plus regretté de ne pas lire le livre en anglais.)

J'aime beaucoup les livres de ce style qui remettent les choses à leur place et qui nous permettent d'apprécier plus encore toutes les petites choses de notre vie.

Comme tout tombe a point dans le meilleur des mondes possibles et que le hasard fait bien les choses, c'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort de George Orwell, il nous a quitté le 21 janvier 1950. Alors je lui dédie ce billet.

Au cours de mes pérégrinations sur le net lors de ma lectures (j'ai beaucoup creusé sur la biographie de l'auteur) je suis tombée sur un témoignages des ses nièces et de son neveu qui disaient : "Ok, il était populaire à l'époque mais jamais on aurait cru qu'on parlerait encore ce lui maintenant." Heureusement qu'on ne l'a pas oublié, ce serait un sacrilège !

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 (Photo que j'aime beaucoup de George Orwell et de son fils adoptif)

Voici ma deuxième participation au Challenge Petit Bac 2017 d'Enna - Catégorie "Lieu" : LONDRES et PARIS.

Challenge Petit Bac 2017

C'est également le premier livre sortie de mon immense PAL pour le Challenge "Objectif PAL" d'Antignone.

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