le-plus-beau-de-tous-les-pays-4333682-250-400Le plus beau de tous les pays de Grace McCleen

Edition NIL, 2013, 398 pages

Judith est une petite fille solitaire. Elle vit dans une maison fonctionnelle avec son père ouvrier. A l'école, elle n'a pas d'amis, elle se sent différente... c'est sûr que lorsqu'on est persuadé qu'Armaggedon est proche, ça n'aide pas à se faire des amis. Elle a perdu sa mère très jeune. Judith est une petite fille solitaire qui occupe son temps libre à créer le plus beau des pays dans sa chambre, avec des papiers de bonbons, des morceaux de cartons etc. Il y a de la verdure, des animaux, des personnages dans le plus beau de tous les pays... l'ambiance y est bien différente de sa vie à la maison ou à l'école. A la maison, c'est taciturne : Le soir, le père et la fille dînent ensemble et lisent la bible, le week end ils partent prêcher, de porte à porte. A l'école, Judith est une bonne élève bizarre, les caïds de la classe la malmènent. Jusqu'au jour où elle commence à faire des miracles, et que ses vengeances dans le plus beau des pays ont des effets sur les personnes environnantes.

Vous l'aurez compris, la narratrice de ce roman est la jeune Judith qui nous dépeint sa vie avec ses propres yeux et sa seule expérience. La vie ordonnée par son père semble la norme pour elle. On comprendra vite que son père est témoin de Jéhovah, et la jeune Judith n'a aucune recul quant à la religion et aux histoires mystiques qu'on lui raconte. Elle est intimement persuadée qu'Armaggedon arrive et qu'elle va retrouver sa mère. Elle vit alors une vie austère et solitaire avec son père, elle pense qu'il ne l'aime pas. Cette ambiance étouffante va parfaitement être rendue à travers les mots de Judith qui, encore une fois, n'a aucun recul. Judith utilise du vocabulaire simple pour décrire ce qu'elle croit être simple qui entraîne l'impression d'être totalement démunis face à la situation de la part des lecteurs.

Le roman explore également la mal être des enfants à l'école et qui ne parviennent pas à en parler à leur parents, dans le cas de Judith encore moins... J'ai trouvé la façon dont sont décrits ces évènements très réaliste et très juste. On a alors envie de prendre Judith dans nos bras pour la réconforter...

Mais ce roman n'est pas juste ça. Ce n'est pas juste une accumulation de situations difficiles qu'on a finalement tous côtoyées de près ou de loin un jour où l'autre. Il y a comme de la magie dans ces pages, je l'ai lu comme un roman social mais également comme une jolie fable : Il y a cette super prof qui semble avoir les yeux derrière la tête, cette gentille vieille voisine, la magie d'un prêcheur qui va gonfler Judith d'espoir etc... et puis son père, qu'est-ce que j'ai été touchée par l'histoire du père de Judith. On pense naturellement, dès les premières pages, que c'est une grosse brute mystique, qu'en plus, il ne sait pas s'occuper de sa fille ! Au fil des pages, on découvre qu'il est tout en sensibilité et en amour et qu'il trame dur pour élever tout seul sa fille.

J'ai adoré ce petit monde, Judith, son père, la magie, la dureté aussi, l'injustice, l'espoir. Quand en refermant le livre j'ai enfin lu la quatrième page de couverture (oui, moi j'aime pas me spoiler le moins du monde!), j'ai été encore plus touchée de découvrir que l'auteur a été élevée dans cette ambiance fondamentaliste.

Un premier roman mais non des moindres ! Je lirai sans hésitation ses prochains livres ! Un gros coup de coeur pour moi, et le coup de foudre a commencé dès que j'ai vu la couverture ! (y'a des romans comme ça qui nous inspirent dès le premier coup d'oeil!)